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France

Adolescence

En 1955 j’ai 11 ans. Papa et M’man ont réalisé leur projet, concocté après nos vacances sur la Cote d’azur. Aller vivre à Hyères. Nous y sommes !
Nous avons déménagé, avec notre 2 CV et nous nous sommes installés dans un appartement de la Résidence des Iles d’Or, en périphérie immédiate de la ville. Mon père reprenait son métier de menuisier ébéniste, non plus comme employé, mais étant le gérant d’une Sarl avec comme associé de son beau père, le père de ma mère, c’etait mon grand père, et celui de mes petits frères qui avec grand retard, viendront bien plus tard.

Quant à moi je suis à l’école primaire en septième, l’année charnière à la fin de laquelle est prévu un examen d’entrée en sixième, c’est à dire au lycée. Dans la classe de M. Honorat, un peu sévère, chacun me regarde comme un oiseau rare, mais quand même, assez rapidement je me fais des copains, des jeunes de mon quartier: nous marchons ensemble à la sortie pour rentrer à la maison, chacun chez soi. Il y a là Buffet, Hutchinson, et Ruotolo dont le père est menuisier comme le mien. Notre immeuble est situé à la sortie de la ville au milieu des champs, et nous allions parfois après la sortie couper discrètement des artichauts, pour les manger tout crus ou en faire cadeau à nos mamans.

L’artichaut, allait nous apprendre Coluche des années plus tard, c’est le plat du pauvre: le seul légume où quand t’as fini de le manger, t’en a plus dans l’assiette que quand t’as commencé!
Mais avec nos 10 -11 ans et les artichs gratuits, nous n’étions pas pauvres.
On avait la campagne et la mer, et aussi la rivière à deux pas de notre maison. où nous allions récolter des escavènes, sorte de vers sanguinolents, que nous ramassons sur les ajoncs qui bordaient le cours du Gapeau. Pour servir d’appâts à la pèche à la ligne du lendemain, au bord de la mer.

Un peu plus grands, en plein été on allait à vélo, jusqu’à la plage du club nautique, pour pêcher à la balangrotte, avec un pédalo réservé la veille, et loué sur place de sept heures à midi. Et ça marchait pas mal: des girelles (dont certaines royales), des bogs, des sardines et parfois une rascasse. Le problème c’était après de pédaler en plein soleil pour retourner en ville.

De 5 à 7, on jouait aussi au football, en shootant dans des petits buts de hand ball, sur un terrain contigüe au Grand Casino d’Hyènes. Il y avait là Goulin, Festy, Audibert, Braco (goal: une fois j’ai carrément shooté non dans le ballon, mais dans sa tête) et quelques autres. Finalement on était vraiment sportifs et on n’avait pas le temps de s’ennuyer, toujours quelque chose à faire…
Chez nos voisins on ne jouait pas au foot, parce que le père l’interdisait (trop violent, dressant les supporters les uns contre les autres, les insultes, la haine, la colère, les coups ..et parfois beaucoup plus grave que ça). Mais ça ne m’empêchait pas de jouer au croquet, avec les enfants de mon âge, ou presque dans cette grande familles: Jacques, Bruno, Emmanuel, François et aussi mais plus grands Jean Pierre et France, cheftaine dévouée de la troupe de louveteaux.

Et puis M’man m’a alors inscrit aux louveteaux, et là on marchait beaucoup plus loin, dans la chaîne de l’Estérel.
J’aimais bien notre uniforme, culotte courte, chemise et pull over bleu foncé. Et surtout les badges, des écussons de couleurs vives, témoignant de nos spécialités. Avec les bandes jaune en haut du bras droit, attestant de notre niveau général: une bande jaune c’est la seconde classe, deux bandes la première classe.

Avec l’expérience de la survie et de la camaraderie, et une bonne mentalité catholique (savoir servir la messe) tu pouvais devenir Sizenier, donc chef première classe d’une équipe de six garnements.
Moi, j’ai jamais vraiment su comment servir la messe. La dernière fois que j’ai essayé à la grand messe du Dimanche, je me suis planté en pliant un voile, à l’eucharistie, et le prêtre me l’a repris nerveusement.
Heureusement après l’élévation, la messe est dite, il ne reste plus qu’à manger les osties, et j’ai pu terminer en roue libre. Par contre je n’ai jamais pu accéder au grade de Sizenier, et je suis resté simplement second.

Avec mon père, nous allions ensemble chez le merlan, un fois par mois. Le merlan? Ben, oui c’est comme ça qu’on appelait le coiffeur en 1955!

Et après les louveteaux, je suis devenu scout. Alors là c’était un peu plus diffile au niveau physique. Nous sommes organisés en patrouille, avec un chef de …patrouille!
Exemple: un soir notre patrouille (nous sommes six) monte dans une voiture les yeux fermés et on roule une demie heure, sans évidement réaliser dans quelle direction. Nous avons notre matériel de camping, et de la nourriture pour trois jours, et les petits outils du scout, une boussole, une gourde, un poignard, un dizenier (objet ésotérique pour compter les prières), une pelote de ficelle, une trousse de toilette et une de premier secours, une boite d’allumette, submersibles, et un sac de couchage pour la survie en brousse. La vaisselle est répartie entre nous, la pièce la plus grosse étant connue sous le nom de Bonamo: ça reste une petite bassine. Et on a aussi un coupe-coupe pour tracer la piste dans la forêt.
Après environ une demie heure de route, la voiture s’arrête, tout le monde descend.

Bernard de Buffières, le chef de troupe descend de la voiture pour le briefing:
Nous nous mettons en ligne, sur le bord de la route, avec notre paquetage à nos pieds.

Bernard:
Nous vous larguons en pleine forêt, avec le défit suivant: rejoindre dans les trois jours, la ville de Sainte Maxime. Il vous faudra donc survivre, seuls et en brousse pendant trois jours et deux nuits.
Je remets au chef de patrouille cette carte d’état major, au 5.000 ème.
A partir de maintenant vous allez être seuls. Dans vos pensées, vos paroles et vos actes, n’oubliez pas qui vous êtes : des scouts. La forêt est votre domaine.Votre force sera la volonté de chacun de rester unis dans l’action. Vous le savez l’Union fait la Force!
Dernier détail, vous n’avez pas le droit de rentrer en contact avec les habitants.
Mais je vous donne un indice, à partir d’ici marchez direction SSE (sud-sud-est), ce n’est pas celle de l’objectif, mais…vous verrez bien!

Dernier détail: vous devez marcher tout droit vers l’objectif. Vous ne devez pas marcher en empruntant les routes goudronnées.
Et à partir de maintenant ne comptez plus que sur vous même!

SCOUTS TOUJOURS ?

PRÊTS!
« Bonne chance les panthères (c’est le nom de notre patrouille) ». Et Bernard de Buffières retourne à la voiture et démarre en trombe.

Nous sommes seuls! Il est 15 h.
Roger, le chef de patrouille raisonne tout haut, et nous, le coeur un peu serré, très concernés nous l’écoutons attentivement.
« La première chose que nous devons faire, c’est nous situer sur la carte et ce n’est pas si facile que ça. Nous sommes huit. Je sais que quelques uns d’entre vous, ont peut-être noté, pendant notre transport en aveugle, des bruits plus ou moins familiers pouvant peut-être nous renseigner sur notre position?
Oui, mais ce n’est pas suffisant. Evidemment, comme Bernard l’a dit on n’a pas le droit de tricher, en restant, ou en marchant,sur la route dans l’attente d’une voiture qui pourrait nous renseigner. Aller, on s’enfonce dans la forêt, n’est ce pas là même l’origine du scoutisme? Scouts toujours? Prêts!

Alors on y va, à la recherche d’un point haut, une petite colline, un rocher ou peut-être même un arbre. Et on marche un peu au hasard. Coup de bol, en pleine forêt on tombe sur un mirador anti-feu. Il faut savoir que la Provence est malheureusement dévastée, en été, par des feux de forêts. Toute une batterie de miradors surélevés a été mise en place, dans les forêt, dans lesquels sont placés pendant l’ été des guêteurs munis de jumelles et de talkies-walkies. En Automne, nous tombons effectivement sur un mirador sans guetteur .

Merci à Bernard de ce coup de pouce.

Du haut du mirador, nous apercevons dans le lointain, trois villages dont nous relevons à la boussole les azimuts. Et en reportant sur la carte d’état major, nous obtenons notre situation par triangulation.
La situation s’éclaircit, nous pouvons déterminer l’azimut à suivre, sur la boussole pour atteindre Sainte Maxime. Et la distance en ligne droite: 45 kilomètres. Soit 15 km par jour 5 km/heure, ça fait 3 heures de marche en ligne droite. Mais attention, il y aura des obstacles à contourner, des cours d’eau, des propriétés clôturées, des collines à monter…etc. Il faut marcher dès maintenant.
Nous démarrons donc l’oeil fixé sur la boussole. Et pour nous encourager nous attaquons ensemble quelques chansons de marche:
« Dans la troupe y a pas de jambes de bois,
Y’ a des nouilles mais ça ne se voit pas.
La meilleure façon d’marcher, c’est encore la nôtre
C’est de mettre un pied d’vant l’autre et d’recommencer.
Gauche, gauche, nous sommes les carabiniers,
Gauche, gauche, la sécurité des foyers…. »


On marche, le temps passe et sous la canopée, la forêt s’obscurcit. Les oiseaux se taisent.
La cigale enfin cesse sa rengaine.


Il est temps de s’arrêter, et il faut nous faut un emplacement favorable à l’établissement du camp, ne serait-ce que pour une nuit. si possible une petite clairière, à proximité d’une rivière. Ca c’est l’idéal, mais c’est pour les campings municipaux. Alors ici, on fait avec ce qu’on a. Il n’ y a pas trop de crottes de biques c’est l’essentiel.
On monte notre tente canadienne, on fait avec la pelle-bêche du groupe les petits fossés latéraux pour collecter la pluie, et on n’oublie pas de monter aussi le double toit.
Puis on va ramasser des branches sèches pour le feu de bois, et chauffer le repas. Quelques boites de conserve chauffées au bain-marie dans la Bonamo feront l’affaire; et pour le dessert chacun va têter son tube de lait concentré sucré. Mais attention, pas trop il faut en garder pour les deux jours qui restent. Ou qui viennent ?

Autour du feu, les conversations vont bon train. Comme toujours il y a un bavard, volubile, débordé par sa propre loghorée… il y aussi les autres qui entremêlent leurs paroles, et finissent par s’imposer, et il y a enfin le timide, qui reste coi; muet mais attentif, il guette l’instant de silence, pour se jeter d’audace, dans la discussion: il s’exprime dans une saccade de mots bref préparés à l’avance, mais à nouveau victime de sa timidité, il perd les mots pour le dire, s’interrompt, bredouille, et malheureux retourne à son mutisme.

Le feu de bois s’éteint petit à petit , le flammes vacillent en flammèches, qui s’éteignent peu à peu et il ne reste plus maintenant que des braises incandescendantes.
Il est l’heure d’aller se coucher. Et, pour les scouts de chanter leur jolie prière.

« Seigneur rassemblés près des tentes, pour saluer la fin du jour,
Tes fils laissent leurs voix chantantes monter vers toi plaine d’amour.
Tu dois aimer l’humble prière, qui de ce camp s’en va monter.
Oh toi, qui n’avait sur la terre pas de maison pour t’abriter. »
Nous venons toutes les patrouilles te prier pour te servir mieux,
Vois au bois silencieux, tes fils qui s’agenouillent,
Bénis les , au Jésus dans les cieux ».

Et pas de boogy woogy après la prière du soir, donc on va faire pipi ou …et on va se coucher sous la tente pour dormir. Mais Roger, le chef de patrouille nous en chante une dernière.
.

On se réveille le lendemain matin à l’aube. Roger s’est levé plus tôt pour redémarrer le feu, et fait chauffer de l’eau dans la Bonamo. Chacun se pointe avec son gros tube de lait concentré sucré, et un paquet de biscuit petit Lu. Nous n’avons pas grand chose pour nous laver, on verra plus tard, si on passe à proximité d’un village.
Bon, on replie tout le barda, et on reprend la route non s’en avoir vérifié la propreté des lieux que nous avons occupés, et dispersé les cendres.
La forêt s’éclaircit progressivement et nous marchons maintenant sur des sentiers qui bordent les champs cultivés. Surtout des champs de lavande et des champs d’ artichauts.

Alors avec les artichauts nous avons eu un sérieux problème.

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Comme je l’ai écrit plus haut je possédais la technique pour aller piquer des artichauts dans les champs. C’est pas très compliqué, il suffit d’y aller en marchant courbé en deux, puis sans se relever couper la tige vers le bas, en la saisissant de la main gauche pour trancher de la main droite. Il faut donc y aller avec un couteau bien aiguisé. Nous les scouts on a tous un poignard, alors ça va le faire. Et puis après, ça nous ferra quelque chose à manger, car au bout de deux jours les provisions vinrent, vinrent à manquer. Ohé, Ohé.
Ohé, ohé, matelot…….vous connaissez la chanson?
Finalement on repère un champ isolé, sauf qu’il y a une cabane dans un coin. Sans doute pour un gardien, car le vol d’artichauts est un sport national en Provence.
on s’approche doucement de la cabane, et sur la pointe des pieds j’entrouvre la porte baillante.
J’ai un mouvement de recul, car il y a un homme affalé sur sa couche, qui a l’air de dormir. Sans bruit, je fais demi-tour et je rejoins les autres.
Pas de problème, on pénètre au milieu du champ, à la queue leuleue tous sur la même ligne , éloignée au maximum de la cabane. Pendant une demi heure on saisit les tiges, on taille et on coupe. Bien vu, on a presque rasée la ligne entière. Avec ça on pourra tenir jusqu’à demain soir. Et on sort délicatement du champ, en machônant l’extrémité des feuilles.
Et notre marche se poursuit jusqu’au soir, nous n’avons pas besoin de nous arrêter longtemps à midi, nos feuilles crues nous donne de l’énergie pour nous relever et recommencer à marcher.

Le soir arrive alors que nous approchons d’un village. Il s’agit de Collobrières, ou nous arrivons un peu exténué.
Nous entrons dans une épicerie et demandons où nous pourrions planter notre tente pour la nuit? On nous indique un terrain camping, à la sortie Sud de la ville qui est traversé par une jolie rivière. C’est le Gapeau que je connais beaucoup plus bas dans son cours, à Hyères, là ou j’ai appris avec mes copains du primaire à pécher et à manger des artichauts…
Alors allons on voir le terrain de camping. Nous sommes début mai et la pleine saison n’ a pas encore démarré. Néanmoins il y a un gardien qui veille sur les installations et nous autorise à passer la nuit ici même à coté de sa baraque. »Merci beaucoup. Et pouvons nous faire un feu de bois (on ne se refait pas, le scout fait le soir du feu de bois, et ceci où qu’il soit…! « . Ca nous permet de cuire nos artichauts, et on va discuter avec le gardien. « Mais pourquoi potez vous des culottes courtes, il fait encore froid, début mai? ». Et Roger: « justement on veut s’endurcir ». Le gardien: « et pourquoi, quel genre d’hommes? ». Roger: « des hommes, des vrais, des chefs ».

Le gardien « Ah bon, des chefs, oui pourquoi pas, des chefs » c’est une bonne idée. En attendant vous me allez me nettoyer votre vaisselle dans le Gapeau et m’enterrer vos feuilles d’artichauts. Vous avez vu le volume »?
Et moi tout en finesse: « Oui chef, vous avez raison, les artichauts, c’est le seul légume où y en a plus quand on a finit qu’avant de commencer ». « Hein, quoi, qu’est-ce que tu veux dire par là? ». Moi: « Ben, chef c’est pas compliqué: y en a moins quand on commence que quand on a fini. C’est même le seul légume qui fais ça! »
Le gardien: ??!?! « qu’est qu’il a dit lui? Bon nettoyer le feu et aller vous coucher, il est l’heure ». Roger: oui chef mais avant d’éteindre le feu, on vous chante une jolie chanson? OK? « OK ».
Roger: « PANTHÈRES TOUJOURS? »
« PRÈTES! ».
Une vraie bande de panthères mal rasées.

1,2,3:
« Va scout de France, et ton bâton en main,
Va t’en sur la route prêcher la loi scoute, aux pauvres du grand chemin.
« Va scout de France, et par ta bonne humeur….etc.

« En marchant, marchant, marchant par les rues et par les champs,
Rien ne doit surprendre un vrai scout qui sait s’y prendre, il doit ÊTRE PRÊT! ».

Les panthères: bonsoir Chef et bonne nuit.

Nettoyez moi ce feu de camp d’abord! Et enterrez moi vos feuilles d’artichauts, avant qu’elles s’envolent. Au fait, j’ai pas bien compris: « Y en a plus avant et moins après, ou plus après et moins av…, ou non pardon, c’est le contraire, ou quoi alors? »
Moi: « C’est pas grave Chef, bonne nuit ».
Les panthères: « CHEF, OUI CHEF, bonne nuit CHEF! »

Olé!

La lendemain nous plions bagage de bonne heure, nettoyons les lieux prenons notre lait chaud (il est temps d’arriver nous avons tous fini notre gros tube de lait concentré sucré… Puis nous remercions le gardien, commençons à marcher vers St Maximin, qui n’est plus très loin.
 » Tous les dimanches, j’mastique le manche….
…..les co’cougnes de mon grand PÈ…ÈREU, sont pendues dans l’escalier,

Et ma grand mère se désespère de les voir se dessécher. Ohé, Ohé.
Car c’est la plus belle PÈ…ÈREU, de toute les couilles du quartiers,On peut les voir et les toucher, les soirs au 14 juillet.
Ohé, Ohé ».

Après avoir franchi en stop le col du Babaou, nous descendons sur Cogolin, que nous atteignons vers midi.
Cogolin c’est la ville où son fabriquées les pipes en bruyères avec revêtement intérieur en écume de mer. Comme celle de mon Père. On achète de quoi casser la graine, à l’épicerie du coin, puis on va se mettre à l’aise (?) et on marche pour les derniers kilomètres.

« Dans les jardins d’ma mère, les lilas sont fleuris
dans les jardins d’ma mère, les lilas sont fleuris,
La caille, la tourterelle viennent y faire leur nid.
Auprès de ma blonde, qu’il fait bon, fait bon dormir.
Auprès de ma blonde, qu’il fait bon dormir ».

En mémoire à mon père, lui aussi Chasseur Alpin.

Enfin nous atteignons Sainte Maxime, le parking municipal. Il est a peu près 16 heure. Soit une heure d’avance. B2B est là, il a même installé un mat sur lequel flotte elle drapeau français!
Il nous félicite chaleureusement car nos sommes les premiers. Justement les autres arrivent à leur tour.
B2B nous demande d’aller nous laver dans les toilettes du parking, puis de revenir pour la descente des couleurs.
Dans les toilettes, où nous prenons la douche, chacun dans sa cabine.

Roger, qui est le plus agé, nous propose un concours de bizuquettes. C’est inédit!
On se met en ligne en face du lavabo, et chacun baissera son slip l’un après l’autre. Mais d’abord une minute pour se préparer dans sa cabine. Pour être présentable, si je puis dire!
C’est Roger, le chef de patrouille qui commence, sûr de lui il baisse son slip d’un coup sec et attend. Les autres font de même, l’un après l’autre virilement ou en se trémoussant comme une streaptiseuse selon ses propres gènes, puis c’est mon tour le dernier de la file. Je suis le plus jeune donc pas le mieux placé pour gagner. On compare à vue d’oeil, c’est Roger qui l’emporte. Du coup il est fier comme Artaban!



Pour revenir aux scouts, nous avions l’habitude de nous réunir tous les mercredi à 17 heures, dans la villa qui nous servait de bas en ville…Durant une des ces réunion, trois semaines après nos exploits sylvestres artichouettes, B2B me remet une lettre que le tribunal adresse à mes parents: Monsieur et Madame Meyer…c’est écrit sur l’enveloppe.
En rentrant je la donne à M’man, qui l’ouvre, en sort un papier pelure imprimé…et fait une drôle de tête! Mais de moins en moins drôle, au fil de sa lecture.
« Dis moi, Xavier, qu’est-ce que s’est que cette histoire d’artichaut? »
« Quelle histoire d’artichaut? » J’hésite, je ne vois pas de quoi il fut s’agir.
« Franchement j’avais déjà oublié, mais c’est vrai, ça me revient, on a piqué quelques artichaut dans un champ, parce qu’on avait plus rien à manger, pendant notre ballade de 5 jours. Mais il ne s’est rien passé, sur place. Y avait juste un type qui dormait, dans sa baraque, on l’a pas réveillé et on est allé couper les artichauts! Je suis sûr que personne ne nous a vu. »
 » Ah oui, c’est bien beau ce que tu me raconte, mais c’est grave, très grave. Dans la lettre on me convoque, et aussi ton père pour une entrée par effraction dans un atelier et vols d’atichauts dans le champ ».
« Non mais! tu vois dans quelle situation tu nous mets, ton père et moi. Jamais on est passé devant un juge et c’est toi qui nous y force ». « Mais M’man,nous, on a pas fait de mal, on a juste piqué quelques artichouets. C’est même pas vous, c’est nous devrions aller au tribunal! ».
« Et puis y a pas que moi. Et les autres? On étaient six en tout? »
M’an « t’as raison on va téléphoner aux parents de tes copains ». Ouais, bonne idée, nous on avait le téléphone à la maison. C’était loin d’être le cas de tout le monde…
Et puis M’an regarde à nouveau la convocation: « Merde alors, c’est l’évêque qui nous convoque, regarde ça , Xavier ».
On se regarde tous les deux, on commence à prendre conscience de l’importance de l’affaire, puisque c’est l’évêque qui nous poursuit. C’est vrai, on savait pas que piquer 7 artichouettes, ça a l’air vachement important.
Bon, ça a pris pas mal de temps à feuilleter les pages de l’annuaire mais, on arrive à joindre 3 copains sur 6.
Les autres sont pas dans l’annuaire. Pour eux, même motif, il sont convoqués dans trois semaines au tribunal de Toulon, pour répondre de vol en groupe, par effraction d’artichauts . On pourrait contacter un avocat, un seul, pour nous tous.
Là dessus P’pa arrive, rentrant du boulot. Du coup, il est pas très content. « Alors Xavier comme ça tu rentre par effraction dans un champ, et tu piques des artichouettes? Mais ça va pas, ou quoi? ». « Effraction, tu sais ce que ça veut dire. T’as cassé une porte, ou le portail. Tu peux aller en prison pour ça! » « Mais P’pa y a pas de porte, c’était juste un champ. Ah oui, y avait une porte dans la chambre d’un type qui dormait sur son matelas. Mais j’l’ai pas cassée, elle était ouverte »….etc, etc, etc…
Finalement on est bien passé au tribunal, mais nous étions les seuls à nous être déplacé. Le juge m’a demandé des explications à la barre, il m’a grondé et tapé un petit baratin sur l’air de  » délinquant à 12 ans, ça promet! ». Je crois qu’il a collé une amende à mes parents. Mais nous n’avons pas vu l’évêque, qui avait d’autre chat à fouetter. P’pa et M’an ont quand même dit à la barre, que pour un évêque il manquait de charité chrétienne. Et il se sont fait renvoyés dans leurs 22 mètres, c.a.d. sur leur banc par l’Avocat du tout puissant Evêché.
Et heureusement l’affaire a été étouffée, l’abbé Compans n’en a pas parlé à la grand messe!

Le Golf Hôtel

Golf hotel

Un autre événement allait m’impresionner pendant mon adolescence. Voilà l’histoire. Louveteaux, nous nous rendions  de temps en temps pour marcher un peu au Golf Hotel, un ancien Palace construit pour une clientèle d’anglais fortunés qui prenaient leurs vacances sur le Cote d’Azur. 

https://www.routard.com/guide/cote_d_azur/385/histoire_et_dates_cles.htm.

« Le guide du routard »

Les Britanniques ont, durant 2 siècles, quasiment annexé la Côte d’Azur en créant une vraie société parallèle.

Dès 1820, la ville de Nice comptait plus de 100 familles britanniques, et même une église anglicane. La reine Victoria, tombée sous le charme de la Côte d’Azur, y passa les 7 hivers précédant sa mort, honorant Hyères comme Nice. Loin de prendre ombrage de cette véritable colonisation, les Anglais – outre la fameuse « promenade des Anglais » – baptisèrent beaucoup de rues en hommage à leurs « invités ». Il faut dire que les Britanniques apportaient à la région richesse et renommée.

Menton était si célèbre pour son climat que les médecins anglais y prescrivaient des séjours à la moindre toux !

En 1834, lord Henry Brougham – un homme politique à l’origine de l’abolition de l’esclavage – découvrit Cannes. Il y fit construire la villa Éléonore, entraînant beaucoup de ses compatriotes à y faire bâtir des palais baroques. Ils obtinrent du roi des Français, Louis-Philippe, l’aménagement d’un port dont l’unique raison d’être consistait en l’importation de… gazon.

Le Golf Hotel à la belle époque anglo-touristique

Une fois son accès facilité par le chemin de fer, la Côte d’Azur attira une clientèle beaucoup plus fêtarde, à l’image du fils aîné de la reine Victoria – le futur roi Édouard VII qui a sa statue à Cannes -, joueur et coureur de jupons. Durant les Années folles, la Côte d’Azur fut l’endroit où l’on s’amusait le plus : une faune internationale envahit la « French Riviera », et la France découvrit elle aussi les charmes de son Sud-Est.

En 1887, un sous-préfet originaire de la Côte d’Or, devenu écrivain à ses heures, inventa un terme qui fit carrière : il rebaptisa la « French Riviera » d’alors en « Côte d’Azur ». Or, s’il a écrit d’Hyères, dans le Var, « le long de cette plage baignée de rayons qui mérite notre baptême de Côte d’Azur… », ce sont les Alpes-Maritimes voisines qui héritent aujourd’hui de ce nom devenu illustre.

Avec l’avènement des congés payés, les années 1950 et la fin des rentes coloniales, la colonie anglaise finit par se dissoudre dans la foule des nouveaux arrivants. En 1975, le consulat britannique de Nice ferme ses portes, mettant un point final à cette page d’histoire aonglo-provencale.


Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Italiens occupent Menton en juin 1940, puis Nice à partir du 11 novembre 1942, alors que les Allemands envahissent le Sud. Pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi, la flotte française se saborde à Toulon le 27 novembre 1942. En août 1944, les forces alliées débarquent à Saint-Raphaël et libèrent Toulon et Nice.

Mon père faisait partie de ce débarquement. Et ma mère qui m’avait façonné patiemment pendant neuf mois en son sein, me mettait au monde, et me donnait le sein. 18 août 1944.

Voir à l’OTAC, la prise du Golf Hotel.

Le Golf Hotel est une immense bâtisse dont les murs gris émergent au dessus des pins.

Les Allemands l’ont transformé en une véritable forteresse avec des abris souterrains, des casemates bondées et des observatoires qui dominent la plaine côtière. L’artillerie allemande bien abritée est active. Ceinturée de barbelés la position est défendue par de nombreuses armes automatiques. Les Allemands ont fait creuser par le service du travail obligatoire (STO) un tunnel qui débouche sur l’arrière de l’hôtel.
Edmond Magendi: (…): c’est un gratte ciel
de 7 étages, entouré de jardins clôturés par des grillages renforcés de barbelés, flanqué de dépendance et de villas réparties dans les jardins.

Hervé que les tahitiens surnomment oeil de lézard, reçoit l’ordre de préparer deux sections de trente voltigeurs: tenue légère, pas de casque, pas de sac, pas de vivre, cartouches et grenades à foison, mitraillettes, carabines et pistolets pour tous, sauf F.M.

John Martin: on a tiré au sort car on était destiné à y rester. On me donne l’ordre de nettoyer le premier étage avec ma section canaque.
Le plan:
Groupement 1: nettoyer le rez de chaussée avec 9 hommes.
Groupement 2: nettoyer le premier étage avec 9 hommes.
Groupement 3: nettoyer le 2ème étage avec 12 hommes.
Groupement 4: nettoyer les descentes aux caves avec 10 hommes.
Groupement 5: un sous officier avec 8 hommes et 4 FM pour surveiller les étages supérieurs à partir du 3èmè étage en batterie après le réservoir d’eau.
Groupement 6: recherche du souterrain.
Section de la 3ème compagnie en réserve et accueil des prisonniers.
Le 21 août à 18h15, l’artillerie déclenche sa préparation: 800 coups de canons.
La fumée des éclatements, la poussière, enveloppent l’hôtel et tous ses étages, jusqu’à ses deux pignons de tourelles. Les troupes d’assaut descendent dans le ravin du réservoir. Etage par étage, l’hôtel réapparait, intact de ces bombardements. Pas une brèche dans ses murs de béton.
Les groupes s’élancent dans les fumigènes, passent les barbelés et courent à leur missions respectives. Un « feldgrau » court vers une carrière: une grenade éclate sur ses talons et l’étale en miettes. Aux étages des rafales de mitraillettes abattent sans préambule deux ou trois « Fritz » qui n’ont pas le temps d’être surpris.

Jonc Martin: Au premier étage, il y avait un seul bonhomme, un guetteur: on l’a entendu soupirer derrière une porte: mon Calédonien l’a abattu.
Edmond Magendi raconte que dans les jardins une dizaine de prisonniers sont cueillis abattus et ahuris. Des râles et des appels fusent des tranchées effondrées. Ici un demi-buste, coupé par une poutre d’abri, écrasé, s’accroche de ses deux mains bleues du revers du déballe, la tête violette aux yeux rouges exorbités, souffle par saccades: kamarad, camard. Deux Tahitiens émus tentent de lui porter secours. Une bourrade les lance à la recherche du souterrain. Un des pionniers, essoufflé et livide, arrive.
La section des pionniers est par terre: un coup de 165, le lieutenant Muller et deux hommes morts, le sous-lieutenant Morand, l’adjudant chef Pétré et sept hommes sont blessés.
Perraud, furieux, si calme d’ordinaire, pistolet au poing menace un prisonnier allemand, prêt à l’abattre : « tunnel, tunnel » qui le conduit à un éboulis au fond du hall. Inspiré, le sergent Matheux fait de même et trouve une deuxième entrée. Les F.M. sont mis en batterie, les voltigeurs hurlent: « heraus, heraus. » Lentement un mouchoir blanc se dessine, une trentaine d’Allemands se rendent et 137 prisonniers sont faits.
Les prisonniers sont progressivement alignés contre un talus du Golf Hôtel, avec des F.M. en batterie les prenant en écharpe. Les soldats allemands inquiets de ces dispositions échangent des regards interrogateurs et par prudence commence à vociférer contre Adolphe Hitler et le Grand Reich. Le général Brosset arrive en trombe avec sa jeep radio qui fait un prompt arrêt et il saute à terre avec souplesse.
John Martin: « le général Diego Brosset hurlait: Ne tuez pas les prisonniers, ne tuez pas les prisonniers! Point n’était notre intention, nous étions plus en train de les fouiller.

D’après: « TAMARRI VOLONTAIRES: LES TAHITIENS DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE »



Après la guerre, salement amoché, le Golf hôtel reste à l’état de ruine (à 6 étages) et personne ne s’en occupe. Sauf peut être  un gardien, absent lors de ce jeudi, quand désoeuvrés nous décidions d’y faire une petite ballade.  Nous sommes un groupe de sept copains, en tenue de louveteaux, en 1958. En l’absence du gardien, nous nous enhardissons à monter l’escalier extérieur majestueux qui mêne à l’entrèe principale de l’hôtel, surmontée d’une splendide verrière teintée de bleu, miraculeusement préservée par le temps – l’hôtel est à l’abandon depuis une vingtaine d’années – mais préservée aussi, par miracle, de l’assaut des troupes françaises en aout 1944. Malgré les coups de canons et sept étages en flamme, en bas la verrière subsiste, intacte.

Nous pénétrons sans problème dans la salle de réception, d’où un escalier à double colombage conduit et distribue aux étages (un peu comme dans les Sheraton).
Il est fort probablement interdit de s’ y aventurer, d’abord parce que nous sommes (une fois de plus), dans une propriété privée et ensuite parce que, on peut le comprendre d’après la photo ci-jointe, ce qu’il reste de l’hôtel est à la limite de la stabilité, donc dangereux.
Mais le gardien n’étant pas là, tout nous est permis, et on ne va pas s’en priver.
Au rez de chaussée, le salon de réception, avec au mur des tapisseries d’Aubusson, des statuettes de serviteurs noirs en livrée rouge, et plusieurs grands lustres qui descendent du septième. Quant au sol, il exhibe un marbre ocre, une couleur rare. Un cas rare à Carrare.
Nous sommes à la fin de l’automne, à l’intérieur il fait un froid vif, et nous, louveteaux on sait faire les feux de bois. Il y a des planches dans un coin la salle, et on va chercher dehors des aiguilles de pins et des branches sèches afin que le feu prenne vite et bien.
C’est cool, (no, it’s warm!) les planches brûlent maintenant, avec ça et là des craquements secs. Une sève liquide, bullante, brûlante, bouillante , sourd des planches fendues qui se tordent de douleur. La chaleur monte du feu de bois.
C’est bien, c’est bon, on se réchauffe, on se frotte les mains et ça sent bon la résine de pin. Ca donne envie de chanter de joie tous ensemble:

« Les scouts ont mis la flamme au bois résineux
Ecoutez chanter l’âme qui palpite en eux
Monte flamme légère, feux de camp, si chaud, si bon
Dans la pleine ou la clairière, monte encore et monte donc
Monte encore et monte donc, feu de camp si chaud, si bon. »

Soudain un violent craquement perturbe nos oreilles. Mais d’où vient-il? On ne sait pas, on a du mal à le localiser. Inquiets on se regarde, incrédules, menacés. Et soudain, ça recommence, un autre craquement claque et nous enferme dans l’air surchauffé. On se regarde les uns les autres, et simultanément nos regards se portent sur le brasier. Comment un son pourrait-il sortir du brasier, sans explications? Prémices d’un tremblement de terre ? Nouveaux regards autour de la salle; rien de suspect non plus. C’est un mystère, rien ne bouge, pas d’explication à ces sinistres craquements qui vont d’ailleurs en s’amplifiant.
Par simple prudence nous décidons d’éteindre le feu. A l’aide des planches du coin, nous retirons prudemment les planches en feu, et peu à peu se dégage une vue à laquelle nous ne nous attendions pas du tout. Les dalles du marbre sous-jacent, noircies, brisées, éclatées les unes après les autres, ont entamé un lent mouvement ascendant, pour constituer maintenant une sorte d’éruption, un tas désordonné, d’un demi-mètre de hauteur.
Le marbre de Carrare est détruit et une bonne partie du salon avec lui. Ce sol damné, carrelé, géomètrisé et cohérent, témoin de l’art des marbriers du siècle précédent, nous l’avions plus par ignorance, on peut même dire par bêtise, fait entré dans le XX ème siècle du désordre, du bruit et de la fureur. Ce que n’avait pas détruit les armes, 17 ans plus tôt, le jour de ma naissance, nous en avions fait le pire.
Première connerie. Comment l’appeler autrement?
Cependant ce n’était rien par rapport à la deuxième, qui allait suivre.

Une fois notre méfait calorique accompli, nous décidons d’explorer les étages, ce qui pouvait se révéler bien dangereux, vu de l’extérieur. Mais à l’intérieur tout nous paraît solide et nous grimpons les marches, l’ascenseur étant en panne depuis bien longtemps. Je rappelle que le Golf Hotel, avait servi d’état major à l’armée nazie, pendant l’occupation. Les officiers supérieurs, la gestapo du IIème Reich, …etc., les tableaux, les tapisseries, les sculptures démontés, emportés, transportés vers les demeures du Führer….
Une garnison de soldats affectés à leurs protection. Des tunnels creusés pour leurs évasions.
Nous montions, nous arrêtant à chaque étage et nous les inspections. Jusqu’au 4ème rien à signaler, rien de particulier, ils avaient tout nettoyé, tout emporté.
Mais au 5ème étage une surprise de taille: un piano à queue face à la véranda, d’une vue imprenable sur les jardins, la campagne et, à l’horizon sur 180°, la mer méditerrannée, la Grande Bleue.
Tous les sept on s’approche du piano. On en tire quelques notes, incroyable après plus douze ans d’abandon. Au clair de la lune, j’ai du bon tabac…et ça va pas plus loin.
J’imagine un Prince Charmant venant, en secret, un peu avant minuit jouer, from Zeit zu Zeit, Beethoven – piano – Für Elise, une sonate à Cendrillon, sa promise…. .

Et puis tout d’un coup tout se gâte, nos deux grands dadais émettent, leur regard penché sur le vide une idée plutôt débile et baroque, qui me laisse pantois, incrédule:
« On va faire tomber le piano sur la verrière, d’accord? ».
Plusieurs hésitent, d’autres sont OK, mais tous ont le sentiment de pouvoir faire une grosse connerie en toute impunité. Une vengeance de notre jeunesse modeste, à l’encontre des locataires de cet hôtel, anglais, joueurs et coureurs de jupons, puis allemands du Reich, dont les richesses transpirent encore du décor.
Vengeance accrue, de plus, par le sentiment que dentelles richesses resterons à jamais, hors de notre portée.

Six des sept furent d’accord, excités comme des fous pour balancer le piano sur la verrière. Seul, je protestais, sentant et refusant comme méfait méprisable, la grosse connerie qu’ils s’apprêtaient à accomplir.

Je reste donc à l’écart alors qu’ils cassent la véranda à grand coup de planche, pour libérer le passage vers le vide.
« Allez le parisien, vient aide nous à pousser, putaing, con! ». « Non, je ne veux pas, je ne le ferai pas.
« Allez putaing, con, pousse merde alors ! ».

Bon, je pousse un peu, tandis qu’un sentiment étrange s’insinue en moi. Ce sentiment s’accroît alors que piano à queue est en équilibre sur le bord de l’étage. Plus qu’une pichenette et il bascule. C’est un grand, assisté par les autres, qui impulse la pichenette: déséquilibré, emporté par la pesanteur, accéléré par la gravité, quelque peu ralenti par la résistance de l’air et la relativité (? Oh, piano suspend ton vol..) et à ce moment précis je réalise subjugué:

 » Putaing, ils l’ont fait les cons ».

Et en moi même juste avant le crash en mille éclats de verres, du piano sur la verrière, :
« Quel geste! Incroyable! Quel désastre! Magnifique! C’est grandiose! Jamais vu!, Inoubliable! et je pars d’un éclat de rire de folie ». Ce jour là j’ai franchi les limites de la culture, de l’éducation, de la bien-séance, de l’écume des jours, de l’enchaînement logique, de la quadrature du cercle.


CE JOUR LÂ, POUR LA PREMIERE FOIS J’AI FRANCHI LES FRONTIÈRES DE MON EGO! WOW !

(wouahou!) Comme Zorba le Grec.


Ce crash, que nous avons créé est tellement inopiné, inopportun, inapproprié, inadapté, intolérable, inhumain, injuste….
mais aussi incisif, impulsif, important, improbable, intemporel, incommensurable et détaché du réel, ne sont-ce pas là les adjectifs de cela transcendance?

Ce geste fût tellement sauvage et tellement con – c’était vraiment une grosse connerie – qu’il en est transcendental. Je ne sais pas en quoi il me transcende, une transcendance par le bas au comble de la bêtise et de la connerie humaine, peut-être, MAIS UNE TRANSCENDANCE ! C’est pas tous les jours…

Laissez moi écrire que je n’en ai parlé à personne, et que ce soir, ça me fait du bien de l’écrire, 58 ans après.

Aurais-je l’occasion de vivre un jour dans ma vie un moment aussi exceptionnel?
Si possible plus intelligent et moins con?

Oui, aujourd’hui à 75 ans je peux le dire, j’ai éprouvé de la transcendance dans ma vie : dans l’amour platonique de 5 à 10 minutes, ou sentimental éternel qui ne dure que six mois, dans l’amour physique des gémissements imprescriptibles, dans les mathématiques et créatif dans l’IEC NTIC, dans les dangers sur Ténéré 600, et en 4×4 dans la beauté des dunes et des femmes du désert…dans les sources limpides et les forages profonds, et aussi dans le bruit des tambours, des musiques folkloriques , de la transe et de la dance….et des rencontres qui comptent…

Quant j’étais petit , je n’était pas grand et ce jour là en seconde C, au Lycée Jean Aicard, notre professeur de chimie va nous faire le cours de l’année, nous montrer comment on peut transformer les gaz hydrogène et oxygéne en eau.



Devenus plus grands nous avons Jacques, moi même, et ses frères bâti une véritable réseau de cordes entre cinq ou six platanes qui nous permettait de circuler entre leurs cîmes. Il y avait des haltes aménagées en plate-forme, des ponts de singe en corde d’un arbre à l’autre, et même un tronçon en tire-ligne pour redescendre du dernier sommet (une corde tendue vers le bas, une fourche en bois tenue par nos deux mains, et hop on se lance, et ça descend tout seul ! Pour remonter on avait un grand arbre, un If, qu’on escaladait facilement grâce à ses multiples branches. Et tout ça bâti de nos mains. Des décades avant les Accro-branches!

Eddy Mitchell chantait……un truc qui m’colle encore au coeur et au corps.

Du retard à l’allumage.
« Richard Antony est mort à la gare de Lyon!
T’est sûr, mais quand, pourquoi? Comment?
Ben, c’est bête, mais il n’a pas entendu siffler le train! »
Voilà une blague de 1962 qui circulait dans les lycées.
https://youtu.be/3xyhrbtlR3w

Aprés Richard Antony à chanté aussi, « le vagabond ». J’ai pas retrouvé le clip, mais voilà, de mémoire:
« je suis le vagabond qui n’en a jamais assez,
avec toutes ces poupées j’aurais bien dû m’arrêter,
mais plus j’en rencontrais, plus je voulais les aimer,
car je suis le vagabond, ouais le vagabond je suis toujours comme ça, comme ça, comme ça…. »
Alors pour moi ça a été aussi un peu pareil.
Pourtant le démarrage a été plutôt tardif.
Y avait du retard à l’allumage! Les plaisirs solitaires de la prime jeunesse, n’ont fait que me casser le moral, me rendre honteux, et m’éloigner des autres. Très timide en général et puis particulièrement avec les filles.

En colonie de vacances en Espagne: 1959 j’ai 15 ans

Avec mon pote Jacques nous partons en colonie de vacances à Jacca, une ville espagnole proche de la frontière. On a 15 ans et la vie devant nous, on va voir ce que ça fait d’être loin des parents et de se retrouver hors de la France, dans un pays où chaque fois que les gens parlent, on ne les comprend pas. On est encadré par 2 ou 3 pions, Joseph, Jean et Antoine sympas mais inflexibles sur la discipline. Pas de singularité, pas de vague et tout ce passera bien. Evidemment avec moi ça a mal commencé: je suis curieux, pose beaucoup de questions, dont certaines déconcertantes voir désarçonnantes, et je suis souvent repris par les pions, qui ont du mal à me suivre et qui me réprimandent, commencent à m’avoir à l’oeil et me le font sentir. Ils ont sous leur responsabilté une cinquantaine de garnements, et entendent bien les mater.

Ambiance!

Partis de Marseille en train, nous passons la frontière à Irun et rentrons dans le tunnel qui nous emmènent directement à Jacca où un bus nous attend pour nous emmener dans les hauteurs vers le monastère des moines de Pepito spécialisé dans l’hébergement des écoliers. Le soir le dîner est servi dans une immense salle à manger, où d’autres colonies nous rejoignent portant le nombre des convives à une centaine.

En attendant, Antoine qui assure le leader-ship nous fait ses recommandations. Soyez gentils, ne dites pas bonjour aux moines quand vous les croisez car ils ont fait voeux de silence, vous pourriez les déranger et de toute façon ils ne vous répondront pas.

Maintenant vous êtes fatigués par le voyage, allez vous reposer dans votre dortoir, prenez une douche avant le repas, habillez vous correctement pour le repas (pas de casquettes!), lavez vous les dents et rendez vous au réfectoire où nous allons représenter la France devant les moines et une autre colonie de 50 jeunes gens anglais qui se joignent à notre groupe. ON NE PARLE PAS A TABLE, pour respecter le silence des moines. On mange sans faire de bruit…etc.

Le long de grandes tables, nous sommes assis sur des bancs collectifs, et chacun attaque son repas, en riant sous cape, avec l’envie de déconner malgré ou plutôt à cause des propos d’Antoine, notre cerbère.

En guise de sono, c’est donc la valse des mandibules; le front baissé sur nos assiettes, mais les yeux dirigés vers les anglais.

Au milieu du repas je suis saisi d’une envie d’aller là où les rois vont seuls et à pied. Un gros besoin urgent, pour être plus précis. Les WC sont au fond du réfectoire, je me lève donc et passe le long des petits anglais, qui mangent la soupe en long, alors que nous les petits français la mangeons en large et en travers. Tous les anglais me regardent marcher, en silence, mais je sais qu’ils me traitent mentalement de mangeur de grenouille (froggy), et moi.. j’entends les mouches voler, elles volent, elles volent et j’atteins enfin l’entrée des toilettes. Les conversations reprennent…

Antoine assis loin devant sur l’estrade me fusille du regard. Je lis dans ses pensées: « Encore ce Meyer qui la ramène, ça ce n’était pas prévu! On va régler ça tout à l’heure! »

Bien, je rentre dans une des quatre toilettes, je me débraille et je fais ma petite affaire. La chaîne qui actionne l’ouverture du réservoir de la chasse d’eau est à gauche. Je tire dessus, mais il y a quelque chose qui doit bloquer. Pas grave…je tire un bon coup sec!

Enfer et damnation! La réservoir d’eau prés du plafond, qui ne tenait, si je puis dire, qu’en équilibre sur un vieux tuyau vertical s’écroule dans un bruit infernal. Et sur moi c’est le déluge, des pieds à la tête.

Le brouhaha des conversations cesse subitement, silence complet dans tout le réfectoire, où tous les regards, et toutes les oreilles se tournent vers les toilettes. Que s’est-il donc passé? Mystère et boules de gomme…
Bon je suis pas très fier de moi , mais il faut bien sortir, je vais encore me faire engueuler par Antoine…et puis je vais pas dormir ici!

Uno, dos , très, j’ouvre la porte et bravant le silence environnant, je fais un tout petit pas dans le réfectoire. Encore deux secondes de réflexion silencieuse, et déferle soudain sur moi, une grande vague, une vaste rigolade, d’une centaine de garnements secoués de rire, de rires francs et massifs, qui durent un siècle. Je reste immobile, médusé, pétrifié, par ce vacarme. Les doigts sont tous pointés sur moi, moi qui suis trempé, en colère et mécontent.

En affichant une dignité sans faille, il ne me reste plus qu’à regagner ma place, sous les quolibets franco-anglais de mes commensaux.

Parenthèse:
« N’est ce pas là, un signe du destin pointant sur ma future carrière d’ingénieur hydraulicien pour l’eau potable, au cours de laquelle je me suis pas mal mouillé dans les eaux troubles des arcanes africaines. Mais où j’ai contribué, quand même à alimenter en eau potable, un total de 50 millions d’êtres humains ».
Fermer la parenthèse.

Bon, à la fin du repas Antoine, le traître m’a passé un gros savon, comme si je l’avais fait exprès ! A la prochaine incartade, il me renverrait, illico, chez mes parents. Je crois même qu’il m’a demandé l’argent pour réparer les dégâts….Comme je n’en avais que très peu, je n’ai rien donné. Par contre je suis allé, accompagné par Antoine, présenter mes excuses à la Mère Supérieure.

Shame and scandal in the lavatory!

Pour le reste du séjour, ça c’est bien passé. Grâce à Jacques, déjà dragueur à 14 ans nous avons fait connaissance dans la journée, à Jacca, avec deux ravissantes créatures de 14 ans (chacune), et nous avons même acheté chacun une guitare espagnole, neuve mais ancien modèle, à vis de réglage en bois. Ce qui nous permettait avec nos nouvelles copines d’apprendre à jouer et à chanter la Jota, avant de leur susurrer la romance des jours heureux.


Martine
En classe de seconde C, j’ai 16 ans, en 1960 et j’aime en secret Martine, qui s’en rendait compte car je la regardais tout le temps. Mais je ne lui ai jamais dit.
J’ai beaucoup souffert, un soir en surprise partie dans la maison d’un pote…surprise, surprise: Martine partie dans la chambre de mon pote, avec Pierre (un peu plus agé que nous, charmant, séducteur, futur médecin evidemment…).
Avec Serge, qui en pinçait aussi un peu pour elle, nous sommes allés chercher chacun une chaise pour nous poster devant la porte de cette foutue chambre, pour faire honte à notre copine de classe quand elle en sortirait. ..Jusqu’à ce qu’un gars vienne nous raisonner et nous parler gentiment de liberté individuelle.
Pas très positif tout ça. Dur, dur. Finalement ma relation avec Martine est restée de l’amour pathologique mais platonique: le max. atteint sur le siège arrière d’une voiture où, assis à côté d’elle, fatigué, j’eu l’audace de me laisser aller en posant mes genoux sur sa tête… euh pardon, ma tête sur ses genoux! Je me senti alors, calme et tranquille, le plaisir de ce contact, si peu érotique, presque maternel il faut le dire, me combla d’aise jusqu’à l’arrêt à la destination finale.

Dernier rang, 1er à gauche: Michel (enseignant), Jourdan (Pdg), Roger (assassin), Curbaille (?), Deloche (suicide au USA),X, Bracco (goal, je lui ai shooté dans la tête!).
3 ème rang: 2 ème à gauche: c’est moi. (ingénieur)
Premier rang, à gauche , Jacques (architecte dplg, dcd), au milieu M. Bec prof de latin, à droite Serge (pilote de ligne)
2ème rang, 1ére à gauche: ma Martine, la divine. (on peut toujours rêver!).


Deux ans plus tard après le BAC, elle a rencontré à la fac un poète américain, puis est partie fonder une famille aux States.
Miracle, trente ans plus tard nous avons échangé sur FB, mais sans lendemain.

Tentatives infructueuses.
Me reviens aussi le souvenir d’une autre surboum, pendant la chaleur de l’été méditerranéen, lorsque j’étais monté dans une chambre à l’étage, avec une copine de notre bande, belle fille brune, avec tout ce qu’il faut, là où il faut. (elle s’appelait Andrée, ne le répétez pas). C’était bien parti pour l’exploration en terre inconnue, lorsqu’un abruti de pied noir fait irruption dans la chambre, et nous voyant en slip, appelle les autres. Imaginez notre désarroi devant cette bande de tarés, complètement bourrés, qui se fendaient la gueule. Comme ça:😏😄😆. J’ai poussé une énorme gueulante, et réussi à foutre tout le monde à la porte.
Ça m’a épuisé, et puis aussi le charme était rompu, c’est le moins qu’on puisse dire.
Hélas, je venais, encore une fois de manquer la séance initiatique.

Michèle,
Troisième expérience avec Michèle, encore une pied-noire, revenue précipitamment d’Oran avec ses parents; nous sommes en 1961. Cette année là, l’Algérie tenait son indépendance et les Beattles chantaient un truc qui me colle encore au cœur et au corps:

« Michèle, ma belle sont des mots qui vont très bien ensemble, très bien ensemble… »… Imagine, Let it bee.

https://www.bing.com/videos/search?q=Beatles+Michèle+ma+belle&docid=608012054576583406&mid=3B9B2492ACFA2AA553C53B9B2492ACFA2AA553C5&view=detail&FORM=VIRE

Et l’été 1960, nous dansions nos nuits, à la Capte, au Canadian club des frères Franzini. Je venais de passer mon permis de conduire et comme M’man ne voulait pas me prêter sa 2 CV pour sortir le soir, j’avais développé un petit stratagème: une couverture et un coussin en dessous dans mon lit, la sortie par la fenêtre de ma chambre dont j’avais scié un barreau, la clef sur la table de la cuisine… et pousser seul à la main la deuche jusqu’au portail du jardin. Alors seulement, suffisamment loin de la maison, je pouvais démarrer le moteur et rouler vers le bonheur.
Et rebelote pour le retour vers 4 h. du mat’.

Heure à laquelle je croisais parfois mon père partant au boulot.

Hélas, il faut bien le dire, avec Michèle nos ébats, …sur le siège avant d’une voiture (Elle n’osait pas l’arrière trop dangereux pour elle) se sont limités à de simples manipulations manuelles mutuelles qui me conduisaient chaque fois à une éjaculation, toujours trop précoce. Mais précoce par rapport à quoi?
J’étais donc contraint de le constater, la 2 CV de M’man consommait tous les soirs de l’essence, sans me permettre d’accéder pleinement à l’essentiel: mon essence, » l’origine du monde » de Courbet 😉.


Michèle, ma belle voulait garder sa virginité pour son futur mari! Un concept très répandu chez les muslims. D’ailleurs, je trouvais – à tort à l’époque – que les pieds noirs ressemblaient aux arabes (ce qui, s’agissant des filles et des jeunes femmes, mais également des femmes et des jeunes filles, est de ma part un compliment).
A tort parce qu’ ils ressemblaient aux juifs ….car ils étaient tous juifs.
J’arrête là ces considérations ethno – illogiques car ce n’est pas mon métier et je voudrais juste préciser que j’ explique tout ça avec les mots, les inférences scripturales et les pensées de l’époque. Aujourd’hui je ne parlerais plus comme ça… (et pourtant aujourd’hui, j’en parle ! Non ? )…

Mais alors me direz vous, alors quand as tu connu le Big O? Bonne question qui me rappelle une bonne blague:
Toto rentre à la maison pendant que son père est en train de se raser. « Papa, papa ça y est, j’ai fait l’amour, j’te jure j’ai fait l’amour P’pa! » .
Plutôt surpris, mais fier (tiens, tiens, comme moi à son âge…), et finissant son rasage: « Ah c’est bien mon fils, mais dis donc, c’est marrant, comme moi à ton âge!…Et au fait, comment t’as trouvé ça ?? C’était bon? »
Toto: « Oui P’pa, c’est bon. C’est bien mais
P’pa, …franchement P’pa…ça fait mal au cul !!!  » LOL

11 août 1960

Michèle est rentrée à Lyon, et je reste seul un peu triste, déprimé, désoeuvré. Ce soir là je referme « Les raisins de la colère » de Steinbeck, qui relate les aventures des colons ayant atteint la cote ouest américaine, où ils établissent leurs plantations de cotons. Il est 8h, je décide d’aller à la station service de La Capte, là où travaille Roger Reynaud, mon voisin, camarade de classe, et parrain de mon frère Olivier, depuis deux semaines. J’enfourche mon vélo Solex, j’en ai pour une bonne demie-heure de route, et je fini par arriver dans la dite station. Roger est seul assis derrière son bureau, pas de voiture à la pompe. Je lui fais le coup de la blague sur Richard Antony. Ca a pas l’air de lui faire plaisir, parce que il ouvre son tiroir, saisit le pistolet qu’on lui a donné pour sa protection, se lève et me vise tout droit en me regardant dans les yeux. J’ai horreur de ce genre de connerie, trop fréquente, trop dangereuse et qui me fait peur. J’ai le temps de lui dire:
 » Arrête, putain, t’es con ou quoi, pose ce flingue! ».

Trop tard: soudain un éclair blanc, un grand coup de poing dans la gueule, puis l’âcre odeur de la cordite.
Je réalise:
MERDE, IL M’A TIRÉ DESSUS, CE CON!
Je suis abattu, il m’a abattu !
« ROGER, T’AS ENCORE FAIT UNE CONNERIE ».

Je n’ai pas perdu connaissance, je n’ai même pas mal, mais je pense aussitôt que c’est foutu, je vais mourrir. Lui après un bon moment de stupéfaction, reste muet, puis me tourne le dos et décroche le combiné. Il saisit son annuaire téléphonique et appelle le poste des CRS, à l’entrée de La Capte. Ca ne répond pas. Alors il reprend ses esprits et me dit qu’il va chercher du secours chez les CRS. Et il se barre. Je reste seul, face à mon destin, singulièrement raccourci!
Je suis réellement persuadé que je vais mourir: le sang remonte dans ma gorge et j’ai peur. J’ai peur qu’il monte aux poumons et m’empêche de respirer: la mort par asphyxie!
Et là j’ai un grand, un énorme regret qui m’assaille: je vais

MOURIR SANS JAMAIS AVOIR FAIT L’AMOUR!

Le temps passe et finalement Roger revient accompagné d’un CRS. Ce dernier me pose les questions d’usage. Ils ont téléphoné à l’ambulance, qui est en route pour La Capte. Et Roger a appelé Serge qui va arriver, avec son Solex, lui aussi.
Le temps passe et je suis toujours vivant! Mais dans quel état? Nous attendons en silence.

Enfin, l’ambulance arrive. L’infirmier me pose les questions d’usage. Puis rapidement les brancardiers me chargent à l’arrière, pendant que l’infirmier appelle mes parents (votre fils a eu un grave accident ». Et il n’en dira pas plus).
Au moment où l’ambulance démarre, Serge arrive et monte à coté de moi. Comme sa présence me réconforte!
J’aime qu’il soit là, près de moi à cet instant qui dépasse l’entendement.Nous parlons un peu, puis harassé, je m’endors.
Je suis réveillé par l’ouverture des portières de l’ambulance, face à l’entrée des urgences à l’hôpital d’Hyères. Papa et M’man sont là sur la gauche. Une seconde je croise leurs regards incrédules qui me crie: « Non!, non!, quoi? pourquoi? comment? »
A coté du père et de la mère de Roger. J’esquisse un vague sourire et un mouvement de la main, avant d’être embarqué à l’intérieur de l’hôpital. Mes parents sont autorisés à me suivre, mais personne ne leur donnera des détails sur mon état. La blessure est visible. Mon père aurait deviné tout de suite que j’avais pris une balle dans la tête.
Quant à M’man dès qu’elle a reçu le coup de fil de l’infirmier elle a prévenu notre voisin, le docteur Charvet, chirurgien, qui arrive dans ma chambre accompagné d’un confrère ophtalmologue.
A voir mon état, et l’état de ma gorge, ils ne peuvent se prononcer sans avoir une radio. Demain matin. Maintenant, disent-ils le mieux est de me laisser dormir. Tout le monde s’en va donc…et je m’endors, mortellement inquiet, sans savoir si je vais me réveiller. Mort ou vivant?

Lorsque j’ouvre les yeux, la lumière qui diffuse dans ma chambre est une lumière douce.
Je reprends conscience: la blessure par balle, Roger, Serge, l’hôpital, mes parents, les médecins, la radio pour ce matin.
Maintenant j’ai penché sur moi, immobile, un beau visage féminin qui me sourit. Nos regards se joignent et je reste immobile, comme hypnotisé par ces yeux irisés de vert, tout simplement merveilleux. Je reste un bon moment rivé à ce regard, paisible, bienveillant, qui me soutient et qui me dit, car il me parle: « Bonjour, je suis là tout prêt de toi, je veille sur toi, tu es en sécurité, ne crains rien, tu vas bien, tout va bien, tu reviens…. »
Puis l’infirmière prend la parole et sa voix douce me parle d’elle, de ma santé, de la vie, elle s’enquiert de mon moral (qui remonte à toute allure) et puis à mon tour, je parle de moi, qui suis-je, ou vais-je, dans quel état j’erre? Elle, elle est libanaise, infirmière en stage à l’hôpital d’Hyères.
Un retour très sympathique à la vie après ma petite mort d’hier soir.
Elle regrette de ne pas pouvoir m’apporter le petit déjeuner, parce que je dois d’abord passer à la radio.
Puis elle me dit au revoir, me prodigue ses meilleurs voeux. Mais cet au-revoir est plutôt un adieux car je suis son dernier malade, à la fin de son stage.
A la sortie de ma chambre elle va poser sa blouse blanche et prendre l’avion pour retourner chez elle à Beyrouth.
Et elle me prend donc les deux mains, les serrent dans les siennes, le temps de me chanter une jolie chanson, puis elle pose ses lèvres pulpeuses sur mon auguste front. Et elle s’envole…

Mes conseils: écouter avec toutes les cellules de votre corps: Avec les écouteurs, les yeux fermés, concerés par les paroles, en inspirant et expirant très très doucement.
Et laissez vous planner avec le goéland….


Qui dit mieux, pour un retour à la vie, après s’être réellement vu mourir la veille au soir?

Enfin elle conclut cet adieu touchant par une phrase qui m’est restée:
« Toi Xavier tu as la BARAKA, ET ÇA C’EST IMPORTANT ». Je lui souris, un peu niais,…et évanescente, Vanessa, sort sur la pointe des pieds, de mon horizon…Mais sa présence, à ma re-naissance, s’est installée pour longtemps dans mon coeur…

D’artichaut.

La radio est correcte, la balle m’a traversé la gorge sans toucher aucun organe important. Ce qui, me dit le docteur, est un miracle: « il y a tellement d’organes importants à ce niveau de la gorge! La balle est passée à cinq millimètres de épiphyse. J’ai bien failli être transformé en légume ».

Donc rien à faire, aucune opération, juste du calme et du sommeil pour premièrement récupérer, deuxièmement cicatriser. Par contre il va m’intuber (oouf..) sur le champ et on me nourrira pendant deux semaines en injectant avec une seringue des soupes et des jus dans le tube. On prévoit donc une convalescence de 15 jours à 3 semaines.





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