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Chômeur repris de justesse

Les fêtes de fin d’années sont passées et nous voilà donc en 2012. Ma situation est loin d’être brillante, mais pas désespérée:
Je suis, certes, chômeur depuis quelques mois, mais j’ai en ligne de mire un poste de chef de mission détaché à la SNEC (Société Nationale des Eaux du Cameroun).

On se souvient qu’en août l’an dernier, pour la réunion de démarrage du projet, tenue au siège de la SNEC à Douala, nous avions présenté ensemble, notre organisation pour assurer la gestion, le suivi et le contrôle des travaux relatifs au projet de réhabilitation et d’extension des installations de production d’eau potable dans 16 villes du Cameroun.

La réunion s’était fort bien passée, et avait été le point de départ d’une tournée dans les centres régionaux concernés.
Pascal et Sophie étaient présents les deux premiers jours et j’avais fini la tournée, seul, en fin de semaine. Puis j’étais rentré au Maroc, où j’avait été reçu dans les conditions particulières décrites plus haut. Organisées par l’Organisation, me semblait-il.

Il me restait alors à rédiger mon rapport sur cette tournée dans les centres de la SNEC, puis à le transmettre à IGIP. Rapidement rédigé, je le leur transmettais par mail. Je me sentais en sécurité, car IGIP avait obtenu son contrat, en me proposant comme chef de mission à la Camwater (avec laquelle j’avais travaillé pendant huit mois, il y a deux ans seulement).
Seulement voilà, lorsque depuis Haroura-plage, j’essayais d’appeler IGIP à Darmstadt en Allemagne, je tombais toujours sur un message automatique qui m’avisait que la connection était impossible. Et à chaque nouvelle tentative, toujours le même message. Il m’aura fallu plusieurs semaines pour comprendre que mon numéro avait été blacklisté.
Je demandai donc à Hajiba son téléphone: dring, dring, dring …miracle, on décroche!
Au lieu de le voix mécanique du censeur, je suis accueilli par une charmante secrétaire aux intonations aussi suaves, que modulées. Et qu’est ce que j’apprends? que Sophie est partie s’installer à Douala, comme chef de mission à la place du chef de mission! Sans qu’on ait même eu la délicatesse de me prévenir.
Que c’était -il donc passé ?

A moins évidemment que l’Organisation, que j’avais bien repéré, sur mes talons, lors la réunion de présentation à Douala, ne se soit chargée de me discréditer auprès de la SNEC et d’IGIP, les assurant par exemple de mon arrestation prochaine, ou encore me couvrant d’ignominies, et donc de mon incapacité à assurer la position de chef de projet, d’une durée de 3 ans.
En tout cas, si Sophie aimait sucer du Zan, elle allait être servie (lol)

Et moi, je me retrouvais sur le carreau, sans emploi et donc sans revenu. Pour éviter que la situation ne se prolonge au risque de devenir repris de justice, il était impératif que je me reprenne….de justesse!
Et j’avais, pensais-je alors, une opportunité: le système de gestion par base données (SGBD) que j’avais mis au point en Algérie. Encore appelé  » Gestion électronique documentaire » (GED) et que j’avais baptisé SCOOP.


Dans mon ordinateur, et dans ma tête j’avais tout ce qu’il fallait pour faire des présentations commerciales du produit, que j’avais conçu et utilisé moi-même, pendant deux années. Et tout cela allait commencer par des présentations aux bureaux d’études concernés.
J’obtenais par téléphone une invitation à présenter cette GED à un bureau d’études sis quartier de l’Agdal, à deux pas du Ministère de l’Equipement.
Je fus reçu par une responsable, et en visionnant sur l’écran de mon MacBook Pro, je reproduisais le processus d’enregistrement et de saisie des courriers et des pièces jointes, de leur attribution aux collaborateurs mis en réseau, en fonction de leur spécialité, d’élaboration par chacun d’un projet de réponse, et du retour de tout ça dans mon ordinateur pour vérification, puis transmission à la secrétaire pour expédition. Et j’ajoutais que tout cela avait fonctionné de façon rapide, souple et coordonnée, avec la dizaine d’ingénieurs de mon équipe, en Algérie, pour la gestion, le suivi et le contrôle des plans, et aussi des courriers courants. La GED permettait une recherche, rapide et efficace, de n’importe quel document tout en facilitant la distribution des courriers, originaux et copies multiples. Et, cerise sur le gâteau, la GED permettait d’enregistrer du même coup le travail effectué par chaque collaborateur.
Mon auditrice est favorablement impressionnée, et me suggère de préparer une présentation Power Point sur grand écran. Et de reprendre contact lorsque ce sera prêt. Elle me demande aussi d’en profiter pour tenter, si possible, d’y injecter de la simplicité.
Je comprends en effet, que cette présentation sera plus claire, plus simple, et plus accessible que le déroulement du processus que je viens de lui expliquer.
Power Point a été conçu pour cela.

Pour préparer la présentation ci-dessus, la face visible de l’iceberg, il me fallait d’abord améliorer mon logiciel SCOOP, la face cachée de l’iceberg.
C’est Mohammed, résident à Casablanca, qui allait me rendre ce service, pour un coût de prestation modéré. Il m’avait été recommandé par FileMaker, société du groupe Apple, concepteur du logiciel de base, à partir duquel j’avais pu élaborer SCOOP, mon système de gestion par base de données fait sur mesure pour mon job.
On devait donc travailler ensemble et je me rendais donc plusieurs jours par semaine, chez Mohamed à Casa.
Dans le même temps, je m’employais à contacter par téléphone d’éventuels acquéreurs, mais sans méthode particulière. Je téléphonais aux bureaux d’études relevés sur les pages jaunes de l’annuaire téléphonique du Maroc. Piètre méthode, mais alors comment faire?

Nourredine,
Puis je repère le nom d’un ancien camarade de classe, à l’école d’ingénieurs hydrauliciens de Grenoble: Nourredine B. On se connaissait bien, à l’époque, et on se retrouvait tous les matins dans le bus, vers l’école.
A l’avénement du printemps, en 1968, pendant le trajet, , on chantait souvent tous les deux ensemble, un succès de Gilbert Bécaud:
« Les cerisiers sont blancs, les oiseaux sont contents, revoilà le printemps, ha,ha, haha. »


Je l’appelais donc et après deux minutes d’échange, il me propose de nous retrouver, tout de suite, dans un café proche de chez lui, quartier Hay Ryad, que je connais bien pour l’avoir fréquenté lorsque je bossais au Ministère!
Voilà une quarantaine d’années que nous ne nous sommes vus, mais lorsqu’il rentre dans l’établissement, je le reconnais sans peine. Oui, c’est bien lui, Nourredine Ben Yaya, mon copain d’études. Congratulations sincères: on est toujours heureux de retrouver un vieux copain et du coup, on plonge ensemble dans la piscine de la vie: en surface, notre vie actuelle, celle d’hier et d’aujourd’hui, puis nous plongeons dans notre mémoire pour évoquer nos trajectoires depuis notre diplôme en 1968, jusqu’à présent début 2012. Et là Nourredine me rappelle que nous étions ensemble à la sortie de l’école d’ingénieurs, lui travaillant comme moi à l’ONEP -office national de l’eau potable du Maroc – dont il allait devenir Directeur Général, peu après mon départ pour Tahiti. Un poste en or, dont il démissionnait pourtant, deux ans plus tard pour monter son propre bureau d’études.
Puis nous parlons du futur, et là je sprinte vers la ligne d’arrivée: mon projet SCOOP, que je voudrais diffuser à travers les bureaux d’études marocains. Accepterait-il d’en assurer la promotion?
Nour Ed Dhin (la lumière de dieu) paraît intéressé par mon projet et me propose de passer chez lui la semaine prochaine. Puis, heureux de nous être retrouvés, nous nous serrons la main et repartons chacun de notre coté, mais avec à l’esprit le plaisir de nos investir dans un projet commun, comme à l’époque de notre jeunesse estudiantine.

Au jour dit et un peu avant l’heure dite, venant de Haroura, je gare ma voiture au terminus du bus des facultés, je prend un ticket A/R et monte dans le tram qui m’emmène vers Hay Ryad, quartier où j’ai habité les mois précédents et où réside également mon ami Noureddine.
Il habite une belle et grande villa dans le quartier le plus luxueux de Rabat, qui témoigne de la bonne marche de ses affaires, et l’intérieur de sa demeure ne le cède en rien.
Comme il sied, je le complimente sur son bureau d’études, dont la réputation n’est plus à faire dans le Royaume du Maroc, et même à l’international.
Là, il m’arrête tout net, m’expliquant que la situation que je décrivais, avait bien changée. Par la faute d’un associé, un ex-ami, le seul qu’il ait pris avec lui, son activité professionnelle périclite à cause de mauvaises affaires induites, à son insu, par ce collaborateur inapproprié et indélicat…avec lequel du reste, il est en procès depuis des mois, ce dernier tentant de faire croire qu’il est le créateur unique du bureau d’études, et d’en faire évincer Nourredinne.
Voilà une nouvelle illustration du proverbe populaire qui énonce dans sa grande sagesse:
« Tends la main à Fernand, il te le rends en chiant! ».

Bon, parlons d’autre chose…Je sors mon MacBookPro de son sac (acheté à Paris avant de partir au Tchad) et je déroule mon laïus sur la base de données, si sympathique, ainsi que l’avait qualifié un expert évaluateur du PAAI
– Programme d’Assainissement et d’Appui Institutionnel -dont je m’occupais au Ministère.
Par contre, à l’instant présent, je préfère commencer par la présentation Power Point (ci-dessus) de SCOOP, puis en exemple d’application pratique ouvrir le fichier de la Gestion Electronique Documentaire développée en Algérie, pour le programme d’adduction, de traitement et de transfert de l’eau à partir du grand barrage de Koudiat Acerdoune vers les villes principale de la région kabyle et côtière
(Voir Algérie 2).
Nourredine est favorablement impressionné par la simplicité et la puissance de SCOOP. Je lui montre comment y retrouver en moins de 30 secondes, parmi 7000 enregistrements, un document de 60 pages avec les courriers qui s’y rattachent (arrivée, distribution, affectation à nos experts, nationaux ou internationaux, puis rapports d’expertises dispatchés aux intéressés avec copies multiples aux parties prenantes).
Et si-nécessaire, copies papiers imprimées sur le champ..

Nourredine, impressionné aussi par la simplicité d’entrée, de stockage et de traçage des documents tout au long du processus de traitement me paraît convaincu que SCOOP arrive à point, pour développer la Gestion Electronique documentaire, dont on commence à parler au Maroc (et dans bien d’autres pays..).

Alors il me propose un plan d’action: commençons par un bureau d’études de taille moyenne (ce que j’ai relaté ci-dessus), puis nous viserons l’ONEP, l’Office National de l’Eau Potable (on se rappelle qu’il en avait été le DG dans les années 1970, et bien sûr qu’il l’avait eu comme client principal, durant les décennies écoulées).
Puis il prévoit aussi une démonstration à la Direction Générale du plus grand bureau d’études du Maroc.

Ce programme dynamique m’incite à apporter quelques améliorations à la GED SCOOP. Et j’y travaille tous les jours à Casablanca, avec Mohammed Talal, expert agréé par ses pairs, en Gestion Electronique Documentaire personnalisée, s’appuyant sur le progiciel « File Maker ».
Il m’apparait de plus en plus que nous devons y travailler ensemble; et c’est ce que nous faisons, jour après jour, avec une telle intensité qu’il m’arrive, parfois de passer la nuit à l’hôtel pour éviter de perdre du temps le matin et le soir sur la nationale entre Rabat et Casa.
C’est ainsi qu’un soir, Talal a la bonne idée de m’inviter et se réjouit à l’idée de me présenter sa famille: tralala, tralalalalère..
Ce soir là, vers 19 h, arrivant à proximité de son appartement, je note qu’une voiture de police, avec quatre policiers à l’intérieur est en stationnement, dans le parking de l’immeuble. Je demande à Talal, s’ils sont là tous les soirs, pour veiller à la sécurité du quartier? il s’en tire par une pirouette verbale, et nous entrons dans l’immeuble, et prenons l’ascenseur.
Talal, fort aimablement, me présente toute sa famille, ce qui est, en terre d’Islam un gage d’amitié, de confiance: ce faisant, il me fait entrer dans l’intimité de sa famille, habituellement soigneusement protégée du regard des visiteurs.
Ainsi en entrant dans un appartement on accède toute suite au salon (d’apparat, le plus souvent), et aux commodités, tandis que les chambres des enfants sont disposées de part et d’autre d’un couloir, au bout duquel on trouve la chambre des parents qu’on ne montre du reste jamais au visiteur. C’est là que la maman effectue ses 5 prières chaque jour. Dans l’appartement, c’est elle la maîtresse de maison. Elle ne sort d’ailleurs que rarement et seulement avec l’autorisation de son mari (je me dois toutefois de modérer cette assertion, apprise de mon ami/adjoint Bachir -paix à son âme – à Tiaret en Algérie, pays bien plus rigoriste que le Maroc).

Puis le téléphone de Talal sonne, il décroche; il parle en arabe et je n’y comprends rien… et peu après il me propose de l’accompagner, en bas, chez l’épicier du coin pour y acheter des légumes, pour la chorba du dîner. Au passage, j’observe que la voiture de police est toujours là.
Il me présente à l’épicier, et m’entraîne vers l’étal à l’extérieur où sont disposés les fruits et légumes. Nous restons dehors un bon moment à commenter ensemble la qualité de tel ou tel légume, il y en a beaucoup dans la chorba. Puis le téléphone de Talal sonne une nouvelle fois. Il écoute et raccroche rapidement. Et nous remontons à l’étage. J’observe que la voiture de police à disparu…!
Je passe une bonne nuit sur la banquette du salon, et le lendemain matin, après tous mes remerciements à son épouse, nous partons travailler de bonne heure.
On s’arrête vers midi, et Mohamed, qui commence à bien me connaître m’entraîne dans un des rares restaurants qui servent de l’alcool dans le quartier. Il y a du beau monde sur la terrasse, ce sont des jeunes gens, habillés à la mode occidentale, les filles maquillées, quelques djellaba mais aussi des mini-jupes, et un air de décontrac- tion qui flotte dans l’atmosphère au dessus de la tête des convives. Des discussions animées, des sourires et des rires: les garçons espèrent plaire aux filles, c’est clair!
J’ai compris que ce sont pour la plupart des étudiants! Peut être vont ils se mettre à chanter des paillardes après le pousse-café!
Quant à moi, à l’invite de Talal, je bois quelques verres du bon rosé du Maroc. Sachant que lui même, se contentera d’un ou deux verres d’eau. C’est son côté intégriste, que j’ai déjà perçu dans ses propos, quand on aborde d’autres sujets que le Système de Gestion Documentaire par Bases de Données (SGBD).
Dès que mon verre est vide il le remplit.., et dès qu’il est plein, je le vide. C’est ces moments qu’il choisit pour me poser des questions plus ou moins intimes, je veux dire concernant ma vie privée (Hajiba, Hachim, Hanane…, les 3H).
L’alcool aidant, je me décontracte et ma boîte à parole se libère. Je parle, je parle, je parle encore, je parle toujours.
Et j’en dit plus qu’il n’en faut. Je me confie, sans réaliser que ce faisant je me discrédite et me mets en danger. Après cela, alors que je m’apprête à payer ma part, il me surprend en insistant pour payer la totalité. La note n’est pas anodine, et je me demande, en sourdine, pourquoi il m’invite ainsi, sachant que ses moyens sont limités. Qui lui donne les dirhams pour ce faire, qui lui a téléphoné chez lui pour me faire descendre dehors, me laisser le temps de choisir les légumes, puis ensuite pour me faire remonter?
L’O..A…ATION.?
En général après ces repas bien arrosés, et inespérés, offerts par Talal, un islamiste rigoriste, je n’ai pas les idées assez claires pour être d’une quelconque utilité à l’amélioration de SCOOP; je me contente donc de quelques directives (vues du coté utilisateur) avant de prendre la poudre d’escampette vers Témara. Tout ça n’est pas très intelligent de ma part. Et pourquoi boire à midi alors que je sais que je vais boire le soir?

Avec Hajiba, et Hassan, le second chauffeur de la mission (Mustapha a disparu depuis plusieurs semaines, nul ne sait où?) on boit tous les soirs des bouteilles de rosé, cependant moi je m’arrête avant eux, et ce qu’un marocain ne ferait jamais, je laisse ma femme seule avec un homme, un chauffeur de surcroît. Ils ont bien bu tous les deux, mais j’ai une confiance totale en Hajiba, qui sait d’autre part les risques qu’elle encourt en cas d’adultère.
D’ailleurs ce qui les intéressent c’est de piquer mon pognon, plutôt que de niquer ensemble. Piquer, niquer non! Quoique?
Voilà à quoi servent ces consommations effrénées de rosé.
Avec le sourire on me sert, et me ressert, jusqu’à ce que dans les vapes, je monte me coucher, pas trop tard, car demain je travaille avec Talal à Casa.
Et leur combine marche bien, puisque Hajiba connaît mon n° de carte visa, il lui suffit dès lors de l’extraire de mon portefeuille, pour la refiler à Hassan avec le code, et la clé de la Clio. Il file alors vers un ou deux, peut être même trois DAB (le prélèvement est limité). Son forfait rapidement accompli, Hassan rend la voiture, la clé, et la carte, à Hajiba, et ils partagent les biftons ensemble.

Leur petite combine marche bien, jusqu’au jour ou jetant un coup d’oeil sur mon relevé de compte, je visualise des dépenses et des retraits dont je n’ai pas le souvenir. Aussi, je demande gentiment à Hajiba, de faire attention à ses dépenses, car mon compte a beaucoup baissé ces dernières semaines.
Et là, elle commet une erreur monumentale: elle détourne la tête, avec l’esquisse d’un petit sourire… Je l’ai vu, et en un instant je comprends tout. Mais je ne dis rien. Je réalise aussi qu’elle m’avait conseillé quelques semaines plus tôt, de suspendre la clef de contact de ma voiture au porte-clef, scellé au mur à côté de la porte d’entrée!
Franchement je ne sais pas quoi faire. Si je renvoie Hajiba à Marrakech, elle pliera bagage avec Hachim, Hanan et son bébé, et je vais me retrouver tout seul. Ce que je ne peux pas supporter: seul, j’ai peur, je suis terrorisé…je n’y peux rien, c’est comme ça. Et pour dissiper cette angoisse existentielle, je part alors me saouler, avec Hamida, dans les quatre coins, les quatre bars de Haroura.
Je décide donc de continuer comme ça, mais en planquant ma carte. D’abord dans mon saroual.

Wiki: le sarouel
Le sarouel (سروال), saroual ou seroual est un vêtement unisexe ample porté sur la partie inférieure du corps. Ce mot signifie pantalon en arabe. Il se caractérise par un entrejambe très bas, proche des genoux, par son amplitude, et par sa fermeture aux chevilles, protégeant les jambes contre les piqûres de moustiques tout en leur ménageant une relative aération, appréciée des Européens en fin de journée sous climat chaud et humide.

Le sarouel est originaire de la Perse. De là, il a suivi la route de l’ambre (ancienne route de la soie), pour se diffuser au gré des déplacements des marchands. C’est ainsi qu’il a finalement atteint les régions sahariennes, et en particulier les régions d’Afrique du Nord.

En Occident, il est notamment porté dans les milieux branchés après avoir été portés par les dubs, les travellers, les hippiesdes années 1970 sur la route de Katmandou, et les teufeurs, etc. En France, ce vêtement a été introduit au xixe siècle lors de la colonisation de l’Algérie. Initialement bouffant et porté par les zouaves, il séduit rapidement par l’aisance qu’il procure.

Puis dans la poche de ma chemise. Ainsi un soir avant de me coucher, un peu sonné par le rosé, je m’affale sur le grand lit, sans même me changer, avec ma carte bleue dans la poche de ma chemise. Je m’endors lourdement, mais pendant mon sommeil je sens comme une caresse au niveau du coeur: c’est la main d’Hajiba, qui cherche doucement à me réveiller, de manière, pensais-je alors à me proposer l’union charnelle. L’évènement est assez exceptionnel pour que j’y prête attention, mais vraiment, je n’arrive pas à m’extraire du sommeil. Je décline donc, tout en douceur, son invitation. Instantanément, fâchée, elle arrête ses caresses, et se retourne pour s’endormir.
Aujourd’hui, avec le recul je pense qu’elle était plutôt en train de chercher ma carte visa, et que mon réveil l’avait interrompu.

Peu après, alors qu’elle restait seule avec les enfants à la maison, Hanane avise une voiture luxueuse aux vitres teintées qui se gare en face de la maison. UN chauffeur en livrée en descend et demande Hanane:
« Est-ce bien ici la maison de M. Xavier Meyer ».
« Oui, c’est ça. Xavier Meyer ».
« Peut-on le voir? »
« Non, car il est sorti ! »
Le chauffeur s’en retourne, discute avec le passager.
C’est un français, assez gros, qui passe le portail, me salue et complimente sur notre demeure. Puis il pose la question:
« Le petit garçon, qui joue là, c’est le fils de M. Meyer? ».
« Oui, c’est ça, le fils de Xavier Meyer et de Hagiba, sa maman ».
Dépité le bonhomme retourne à sa limousine qui démarre dans un crissement de pneus. Jean Brodier vient de comprendre qu’il ne pourrait rien attenter contre moi, père et responsable d’une petite famille marocaine.

De petite famille, il va encore s’agir lorsque je reçois sur mon ordinateur portable Mac Book Pro 17″ un message inquiétant, d’un expéditeur anonyme:

« Xavier Meyer, nous savons que tu vis en compagnie de ta petite famille marocaine, mais lorsqu’ils partiront dès que tu seras seul, nous viendrons chez toi et nous te tuerons ».

Plutôt choqué, je montre le message à Hajiba, qui ne sait que dire. Elle ne comprend pas pourquoi?

Je me rends au commissariat de police, à coté, et leur montre le message. Je me propose de porter plainte contre X, mais on me le déconseille vivement, en me rappelant une nouvelle fois que nous sommes, Hajiba et moi dans une situation illégale, puisque nous habitons ensemble, sans être officiellement mariés.
Alors que je sors du commissariat, un des policiers , le plus jeune, me fait signe, et à voix basse:
 » fais attention à toi, tu as des ennemis à Haroura ».
 » alors ça, je l’ai bien compris, merci. Mais qui a bien pu m’envoyer ce mail? »
« Je ne sais pas, mais ça peut très bien venir de chez toi »
« de chez moi, c’est à dire !!? »
« la personne qui vit avec toi! »
« Hajiba ? » et il détourne les yeux sans répondre à ma question.

Peu de temps après, Talal et moi constatons que nous avons apporté toutes les améliorations possibles à notre SCOOP. Moi, celle que j’ai préférée soulage largement la saisie des plans confiée à une secrétaire. Les plans reçus de l’entreprise, arrivent en effet par paquets homogènes et sont numérotés comme ci-dessous:

La colonne rose concerne la référence des plans: on peut remarquer que seul le dernier chiffre change, par implémentation successive d’une unité. Normalement la secrétaire doit saisir chaque ligne l’une après l’autre.
Mais avec le truc que Talal à mis au point, après la saisie de la ligne du haut, l’implémentation se fait automatiquement ligne après ligne, et l’on voit le tableau progresser tout seul, ce qui paraît un peu magique!

Dans la matinée, nous faisons le tour de notre système de gestion par base de données, SCOOP, qui constitue pour moi, la réception du travail effectué par Talal. J’en avais déjà payé la majeure partie, et il reste une somme de xxx dirhams, que je lui paierai après une période test d’utilisation. Je charge une copie de la dernière version de SCOOP, sur mon MacBookPro 17″ à partir de la clé USB qu’il me tend. Et, il la récupère une fois le transfert effectué.

Enfin, pour fêter le notre travail conjoint, j’invite Talal au repas de midi, mais pas à Casa..allons plutôt à Haroura-plage, ou Mohammed, le boss, nous concoctera un repas huitres et fruits de mer, qui nous changera des brochettes de viande et des merguez des estudiantines.
Chacun prend sa voiture et en route pour Haroura…
A peine installés dans la salle à manger, Talal devant son coca, et moi le verre de rosé à la main, nous voyons arriver des convives que j’invite à notre table.
Les amis: Hassan, et Hamida, et la petite famille: Hajiba et Hachim, Hanane et son bébé.
Les bouteilles de Boulaouane arrivent, pour les adultes, et les sucreries pour les autres.

Les voisins sont étonnés par notre tablée remuante, et très joyeuse. Je le suis d’autant plus que je commence à entrevoir un bon avenir pour mon produit SCOOP. D’ailleurs je sors dans le jardin pour appeler Nourredine, qui s’associe à ma satisfaction et m’annonce qu’il va contacter un ami proche, Directeur Général adjoint du plus important bureau d’études du Maroc, en fait celui de toutes les ministères.

Le repas se poursuit dans une ambiance enjouée (mais les convives de la table voisine, sont choqués de voir un petit garçon comme Hachim déguster une grande assiette d’huitres; et leurs commentaires vont bon train…).

Une verre en entraînant un autre, l’après midi passe, et Talal va reprendre la route de Casa pour rejoindre Madame et ses enfants…Hanane, son bébê, et Hachim rentrent aussi à pied, c’est tout proche.
Le soleil se couche et je m’octroie quelques victuailles supplémentaires. Hamida et Hassan sont toujours arcboutés sur leur verre de rosé, et bavardent comme des pies.
Hajiba est très contente et commence à y croire. Malheureusement, elle a un peu trop bu, et n’entend pas rentrer avec moi, lorsque je me lève vers 22 heures pour retourner à la maison. Hassan la ramènera le moment venu.
Je remonte donc la rue, seul et à pied, lorsque je réalise qu’une voiture en stationnement quelques dizaines de mètres plus loin, démarre son moteur, et déboîte pour se diriger lentement vers moi. Elle se positionne tout près, en face, alors que, imperturbable, je monte vers la gauche, pour arriver au portail de la villa. Lorsque j’entre, la voiture embraye et s’éloigne jusqu’à disparaître.

L’Organisation?
Rien à foutre! Je monte à l’étage et m’écrase de sommeil, dans mon grand lit tout blanc.
……..
BING, BANG, AU SECOURS !
Des cris, des bruits de verre brisé..etc.

Au milieu de la nuit, je sursaute, réveillé par des cris et un vacarme épouvantable venant du rez de chaussée. Je me redresse et constate qu’Hajiba n’est toujours pas là, a coté de moi, comme il sied à une bonne épouse.
Inquiet, mais encore fatigué par les libations de la veille, je descend prudemment les escaliers et quand j’apparais, immédiatement le silence se fait.
Hajiba est affalée dans le luxueux fauteuil en cuir vert et rouge. Elle a un verre de rouge, et elle semble anéantie, presque inerte. Par terre des bouteilles de vins cassées , de bières aussi, et tous ces liquides répandus, mélangés sur le plancher…Un grand couteau de cuisine sur le sol, à côté du fauteuil… Hajiba n’est pas seule, la bonne est assise sur le coin du banc, affalée elle aussi la tête sur la table. Un tableau saisissant, vraiment. A mon apparition cette dernière s’enfuit en titubant, elle glisse et s’étale par terre de tout son long, dans la vinasse. Hajiba péniblement tente de m’expliquer que je dois aller parler à Hachim (sa chambre est à coté), lui expliquer que je suis vraiment son vrai père…Sa chambre étant au rez de chaussée, à coté, réveillé par le bruit, il s’est pointé à moitié endormi, elle me dit qu’elle vient de lui dire le contraire, et me demande encore d’aller le voir. La bonne réapparaît en hurlant qu’elle veut se suicider. Hajiba lui tends le couteau. Je me précipite et le lui arrache. Hajiba me jette son verre à la figure. J’esquive. Elle en saisit un autre, le casse à moitié par terre et me dit qu’elle va se suicider. Je n’ai pas envie de me prendre un verre dans la figure, et je n’ai pas envie qu’elle se suicide non plus! Je fonce sur elle, pour lui arracher le verre, mais dans un mouvement volontaire, ou involontaire, elle se blesse au cuir chevelu. Hachim, ressorti de sa chambre, se précipite sur elle en hurlant après moi: « t’as vu ce que tu lui a fait! T’as vu! Tu n’est pas mon père! tu es un ***!!!!xxx? »

Bon, très bien, moi je me casse. Ils sont tous cinglés. Déjà Hajiba a une bouteille de bière pleine à la main et fait mine de me la jeter dessus. Je sors en vitesse et verrouille la porte de la maison pour les enfermer: je ne tiens pas à voir Hajiba éclater le pare brise de la voiture!
Direction Rabat, hôtel Piétri, où je pense pouvoir trouver une chambre pour finir calmement la nuit. Mais il est 3 heures du matin et tout est fermé. J’essaye plusieurs autres hôtels, mais « after hours » tout est fermé…. Pas moyens de dormir en ville. Ca fait bien une heure que je tourne.. Alors je décroche mon téléphone et j’appelle Hajiba, m’attendant à recevoir une bordée d’injures…
Incroyable! Mais vrai…
La voix douce et suave d’Hajiba résonne à mes oreilles ébahies. « oui, chéri, qu’est ce que tu veux? ».
« J’ai essayé de trouver une chambre pour dormir tranquillement, mais tout est fermé. Je vais revenir; Comment ça va? »
« Tout va bien chéri, tu peux rentrer et dormir tranquillement chez toi, je t’assure. Rentre vite, Xavier, ta petite famille t’attend ».
Bon, voilà, ça fait du bien, il vaut mieux entendre ça que d’être sourd. Je me pointe donc à la villa, descends de la voiture, monte les deux marches, introduit la clé et ouvre la porte. Hajiba est là en face de moi, tenant Hachim par la main. Elle a l’air de sortir de la douche, habillée de neuf, et Hachim de même. Sans un mot, elle me pousse doucement, et ils sortent de la villa.
Je sais très bien où ils vont: au commissariat , et je leur propose, avec le sourire, de les y accompagner en voiture. Refus net!

Pas grave, je les laisse prendre un peu d’avance, j’en profite pour vérifier les dégâts à l’intérieur de la villa. La bonne est en train de dormir. Elle respire, elle ne s’est pas suicidée!
Maintenant je monte dans la voiture et me dirige vers le commissariat de police. Hajiba et Hachim sont en train de marcher sur le bitume, mais dès qu’elle me voit, elle se refuge avec son fils, à sa droite, sur le trottoir.
Arrivée au commissariat, c’est le jeune qui est là, et qui écoute, comme moi, les doléances d’Hajiba, et Hachim, qui portent sur sa blessure au cuir chevelu. D’abord Hajiba, puis Hachim, qui me charge avec conviction. Alors là, ça me fait mal, quant je vois comment il en rajoute (sans doute motivé par sa mère) ça me fait mal au coeur. Lui dont je m’occupe depuis plus de six mois….et comment ne pas ressasser en moi même tout ce que j’ai fait pour ma petite famille, et ce que j’ai supporté aussi!

Enfin l’agent reprend sa litanie, au moins pour la troisième fois en six mois, il ne peut pas enregistrer la plainte de la mère, ni du fils, ni de moi s’il me venait la fantaisie de déposer contre eux. En effet, il le rappelle à nouveau: n’étant pas mariés, nous sommes, Hajiba et moi en situation illégale. Ce serait la mise au dépôt immédiate.

A ce moment je décide d’en finir. Et je retourne me coucher, tandis que la mère et le fils remontent volontairement à pied à la villa.

A mon réveil, le lendemain, la petite famille éclatée roupille encore, c’est Hajiba qui bat la mesure pour le réveil; ce ne sera pas avant 13 heures…

Je vais à Casa retrouver Nourredine et nous passons en revue notre chère SGBD SCOOP. Tout va bien, et Nourredine appelle son ami Bouazziz, le Directeur Adjoint. Il obtient un rendez vous pour le lendemain à 10 heures à Casablanca. Nous quittons donc Rabat vers 8 heures et arrivons en avance au bureau de la Cosec. La présentation du projet a lieu dans la grande salle de réunion, dotée d’un video-projecteur. Je n’ai pas encore créé le Power Point, donc ma présentation va se dérouler selon le scénario suivant:
Une entreprise vient de me remettre un dossier d’une dizaine de plans, et notes de calcul, accompagnés par une lettre de transmission (je dispose ces différents pièces à gauche de mon ordi). Je suis le secrétaire et je vais saisir ces documents dans SCOOP.

Je suis confiant car j’ai conçu moi-même cette application, je l’ai utilisé durant deux années en Algérie en work flow (travail partagé) avec une dizaine d’ingénieurs de la mission de gestion, suivi et contrôle des travaux pour le transfert d’eau à partir du barrage de Koudiat.
Nous sommes trois: le DG adjoint, Nourredine et moi même. L’ambiance est détendue et agréable. Pendant qu’un technicien procède au réglage du video-projecteur, j’y connecte mon Mac Book Pro 17″, et affiche sur mon écran, la page de présentation de SCOOP.
Bingo! là voilà sur le grand écran. Tout est prêt, on va y aller!

Je ressens une excitation certaine à faire cet exposé, et ce faisant à m’exposer moi-même. Une sensation stimulante d’être, à ce moment là, un peu en danger, mais surtout au top de mon métier puisque c’est par moi même, et par moi seulement que je vais réussir à emporter l’adhésion de l’assistance.
Comme Johny Halliday, seul au micro, sur scène, et face au public.
Soutenu par la conviction intime d’avoir entre les mains un excellent outil, exactement configuré pour les besoins des bureaux d’études, et cette conviction donne à ma présentation le ton l’engagement, et de l’authenticité: I CAN, YES I CAN!

Quelques diapos du manuel de l’utilisateur décrivent la tache de chacun dans l’examen des courriers et des plans, et dans l’élaboration de la réponse à chaque lettre.

Voilà, et maintenant qu’on a bien compris le processus, on peut passer à l’application pratique:
Et c’est à ce moment précis que se produit la catastrophe, sur le première diapositive, consacrée à l’enregistrement du courrier arrivé:

Une fois renseignées les 4 rubriques relatives aux références du courrier, une fois entrée la lettre dans la rubrique « Lettre scandée » – on voit son logo, ici 618 PDF –
j’ appuie sur le bouton  » exporter » pour montrer que la lettre est bien rentrée dans la base.
Catastrophe! Ca beugue, il ne se produit rien. Je recommence, mais je ne peux rien y faire.Si Talal était là, il pourrait essayer de trouver le beug et le corriger, il est informaticien professionnel. Mais moi je ne suis qu’un amateur!
ET JE RESTE SEC!
Ma démonstration est un échec! Incompréhensible pour moi, qui ai enregistré en Algérie des milliers de plans dans la base, qui n’était peut être pas aussi élégante que celle que j’ai sous les yeux, mais.. QUI FONCTIONNAIT !
Je suis anéanti, mais normalement j’aurais pu m’en sortir en demandant quelques jours pour nettoyer le bug et revenir pour reprendre la présentation. Le client, du reste, comprenait bien mon problème, mais, encore une fois anéanti, presque incapable de parler ni d’avoir une quelconque réaction positive, je présente mes excuses les plus plates et ne cherche même pas à rebondir.
Nourredine est très gêné, car ce rendez vous rapide était une faveur due à l’amitié qu’il entretenait avec le DG. Et il m’avait, lui aussi, accordé sa confiance.
Sans ressort, je reste silencieux. Cet échec est un fardeau de plus, par dessus tous les ennuis que je connais en ce moment et que j’ai tenu à décrire par le détail ci-dessus.

Nous prenons congé du DG, et lors du retour à Rabat, Nourredine et moi ne prononçons pas un mot. Nous nous donnons 48 heures à réfléchir pour la suite des évènements, car Noureddine à d’autres clients potentiels à me proposer. Mais, deux jours plus tard il m’appelle, me rappelle qu’il est dans une situation difficile, en procès avec son associé, avec des difficultés financières qui l’entravent dans le travail d’ingénieur-conseil.. et qu’il ne peut pas se permettre d’en rajouter à cause de moi. Il laisse tomber, notre collaboration.

Je téléphone à Talal, pour l’aviser de la situation misérable qui me frappe par sa faute. Mais il me dit que c’est une version alpha, provisoire et qu’à ce stade ça arrive souvent dans la profession. Je ne constate aucun effort de sa part pour faire une proposition positive qui permettrait de remonter la pente. Il me propose juste, de trouver et d’éliminer le bug. Quel dommage que ne pas l’avoir emmené avec moi chez le DG pour la démonstration.

Maintenant je me souviens qu’au début de notre collaboration, il avait brusquement changé d’attitude à mon égard, m’invitant dans des restaurants onéreux et me faisant boire des verres de vin, pour me tirer les vers du nez. Et je me souviens que la réception de ces travaux décrite ci-dessus, c’était faite sur la version originale de SCOOP améliorée, résidente sur son computer.
Qu’en était-il de la copie qu’il m’avait transférée avec sa clé USB? Lui faisant confiance, je n’avais pas eu la présence d’esprit d’exiger une nouvelle démonstration de sa part, et n’avais même pas eu la présence d’esprit de garder cette foutue clé avec moi, lorsqu’il m’avait demandé de la lui rendre. Puis avec toutes les merdes qui m’étaient tombées ses jours-ci sur le dos à Haroura, je n’avais pas eu la présence d’esprit de le rappeler avant de faire la présentation. Et d’ailleurs pourquoi l’aurais-je rappelé?
Je lui faisais confiance.
Quant à Nourredine, son désengagement était une mauvaise surprise. Je ne peux pas m’empêcher de penser que le première fois que je suis allé chez lui, je garai ma voiture au terminus du tram, par hasard en même temps que Azizi, garait la sienne. Et montait dans le même wagon que moi, dans lequel je reconnaissais le gars qui paraissait être le leader du groupe de parents qui m’attendaient près de ma voiture à la sortie du Miramar. Maintenant dans ce tram, ce mec me regardait en rigolant.
Quand, en fin d’après midi, je sortais de chez Nourredine, et reprenais le tram, vers ma voiture garée au terminus, qui était encore à coté de moi dans le même wagon? Azizi, évidemment.

C’est clair, encore et toujours l’Organisation qui me file et me savonne la planche. Et Noureddine m’a laissé tomber parce que Azizi est allé le rencontrer chez lui, pour lui raconter des salades sur mon compte.

A partir de maintenant, je n’ai plus qu’une idée en tête, quitter le Maroc et tous ces gens proches ou moins proches de moi, qui me regardent vivre de près ou de loin, et sont tous payés pour me faire échouer partout où je passe.

Cette Organisation qui passe son temps à me monter des coups tordus, prend bien soin, chaque fois de me donner à constater ses mauvaises actions à mon égard. En me laissant ça et là des indices. Pour me faire flipper, et me gâcher encore plus l’existence. Avec ces enfoirrés je suis vraiment dans un sale pétrin!
Et ceci depuis maintenant 14 ans, dans une dizaine de pays, où j’ai travaillé, sans jamais pouvoir les semer, sans qu’ils ne perdent jamais ma trace:
Mali en 1997, Albanie, Kosovo en 1999/2000, Maroc 200/2002, Sénégal 2003/2004, Algérie 2005/2006, Tchad 2006, Sénégal 2009, Cameroun 2010, et Maroc encore 2011.
Sans compter mes périodes de vacances en France!

Lorsque, rentrant de Casablanca, après l’échec de ma présentation, je me gare en face du portail clos de ma maison, j’ai l’intuition d’un calme absolu à l’intérieur de la concession. J’ouvre le portail….rien ne bouge. J’ouvre la porte de la maison, je reste stupéfait: la maison est vide, entièrement vide, vide de toute vie. Déserte.
Seuls subsistent dans ma la chambre nuptiale, mes quelques vêtements et divers classeurs.

Je dois bien me rendre à l’évidence: ma petite famille, qui battait de l’aile, il faut bien le dire, a vidé les lieux.

Je décide, illico de faire de même. Car reviennent à ma mémoire les termes de la menace de mort que j’ai reçu sur mon MacBookPro 17″, il y a deux semaines.

« Xavier Meyer, nous savons que tu vis en compagnie de ta petite famille marocaine, mais lorsqu’ils partiront, dès que tu seras seul, nous viendrons chez toi et nous te tuerons ».

Je n’ai aucune envie de voir ces enfoirés débouler dans la nuit à la maison, et…. je ne me sens pas capable de passer la nuit seul dans cette grande villa toute vide.
J’appelle Hassan pour lui demander de venir faire le gardien, pour la nuit. Il est d’accord mais demande pour la nuit un salaire double. Au diable l’avarice, je paye d’avance.
Après le dîner, pris en solitaire au Miramar, je réintègre la villa, où Hassan a entamé sa nuit de gardiennage.
Le bon vin de Boulaouane, bu à satiété, pour me rassurer,
m’aide à trouver rapidement le sommeil; paradoxalement je passe d’une seule traite, une excellente nuit.
A mon réveil, je descends retrouver Hassan le gardien qui m’explique, tout de go, qu’il a passé une partie de la nuit dehors, au night club voisin, à boire des whiskis avec l’argent de sa solde. Puis à la fermeture de la boîte, il est rentré, pour reprendre son poste, au petit matin!
Je n’ai rien à dire, Hassan est le seul soutien qui me reste.. J’impute son attitude à ma déchéance: je ne suis plus à ses yeux, le « Grand Patron » qui bossait au Ministère…

Maintenant, comprenant que je ne peux vivre seul dans la villa, il me suggère de louer à la journée, une chambre d’hôte, située dans un petit appartement, au bord de la mer, à proximité immédiate. Et nous y allons de ce pas. Le propriétaire est un jeune, d’aspect très sympa.
Ce qui me rassure c’est l’architecture des lieux : la maison est encastrée dans la falaise, avec la façade entièrement ouverte sur l’océan. A partir de la route, on accède à l’intérieur par un petit escalier, et on entre au salon en ouvrant une porte en fer, d’une solide structure, dotée d’une rigide serrure.
Pas de baie vitrée, ni de vitre coulissante, simplement des barreaux de prison, scellés dans le béton, en haut et en bas, cloturant toute la façade. Et là aussi une serrure imposante. Ma chambre est à l’arrière, derrière le salon.
J’accepte donc la location, pour quelques jours, dès maintenant. Hassan me file un coup de main pour transporter mes affaires depuis la grande villa, opulente, jusqu’à ma modeste petite chambre.
Je peux alors téléphoner à la femme-flic propriétaire de la villa, pour lui signifier la fin de ma location. Elle est super correcte, se rend immédiatement sur place, fait l’inventaire rapidement et me présente ma note: juste le mois en cours, arrêté au jour d’aujourd’hui.
Au moment de nous quitter elle me tend une petite épée en matière plastique. Celle d’Hachim, mon fils adoptif pendant six mois…..snif, snif.

Quand tout le monde me ment en permanence, le résultat est que je ne crois plus rien. Une personne qui ne croit plus rien ne peut se faire une opinion. Je suis privé de ma capacité d’agir mais aussi de ma capacité de penser et de juger. Et avec une telle personnalité, on peut faire de moi ce que l’on veut.

Alors je me rends en ville pour y réserver mon billet pour Dakar.
Evidemment au moment où je m’explique avec l’opératrice, assise derrière son bureau, un inconnu debout se colle à ma chaise et recueille les détails qui l’intéressent: destination, date, heures, n° du vol..etc. qu’il aura, en outre, tout loisir, dès ma sortie, de se faire reconfirmer par sa compatriote.

J’ai trois jours devant moi avant de m’envoler pour le Sénégal, je les passe bien cool, pour récupérer de tous les évènements désagréables, qui me sont tombés dessus en peu de temps. J’en profite pour ranger toutes mes affaires dans une petite malle, et j’ai aussi une valise. Dedans essentiellement des vêtements et des dossiers personnels (genre relevés de comptes en banques…etc). Pour moi, chargé comme une mule, le voyage ne va pas être très aisé…

Le jour dit, je mets tout ça dans le coffre de ma Clio et je me dirige vers la maison d’Hassan, de bonne heure. Sa femme nous prépare un petit déjeuner à la marocaine, et on partage tous ensemble avec ses enfants. Le fils d’Hassan a douze ans et est aveugle depuis tout-petit, suite à une intervention chirurgicale durant laquelle un excès d’oxygène avait brûlé ses deux yeux. Aucun espoir de récupérer! Et pourtant, me dit sa mère, il est un excellent joueur d’échec!

Je suis un peu perdu, parce que je ne sais pas, si j’ai envie de rentrer en France avec la voiture, ou prendre l’avion pour le Sénégal, le soir même?
Ça interloque Hassan, qui ne comprend pas si je vais au Sénégal, ce que je vais faire de ma Clio. Moi-même, je ne sais pas répondre à cette question.Il faut d’abord que je me décide: allez, je pars au Sénégal. Voilà, c’est fait.
Ensuite la voiture? Et là Hassan dégaine son portable, pour appeler un ami, qui active dans la reprise et la vente de véhicules d’occasion. Il est à Casa, mais nous sommes un dimanche et ses bureaux sont fermés. Heureusement on peut le joindre chez lui, où nous allons le retrouver, tout à l’heure au passage en ville. Après nous irons à Marrakech, pour dire au revoir à Hajiba, Hachim et Hanane. Puis nous reviendrons à Casa Nouaceur, où mon avion est prévu vers 22 heures.
Hassan me fait remarquer que je suis bien trop chargé avec un malle et une valise. Je vais donc laisser chez lui, la malle avec les dossiers personnels dedans. Que va-t-il en faire? j’espère un bon usage…Mais je garde mon magnifique costard noir, que j’enserre dans ma galoche.

A Casablanca, l’acheteur-vendeur de véhicule, me fait une proposition alléchante pour lui, beaucoup moins pour moi, mais n’ayant pas les bonnes cartes en main, je ne suis pas en mesure de négocier. La Clio, toutes options, que j’avais acheté deux ans auparavant 16000 euros, je la lui cède à 7000 euros. Au Maroc c’est quand même de l’argent. Il me paye en liquide, et réveille un voisin douanier pour légaliser l’acte de vente. Une fois le papier tamponné, la voiture lui appartient légalement, me fait-il remarquer…
Bon, il me refile l’équivalent de 7000 euros en dirhams, qu’il sort de son coffre-fort. Ca fait un gros tas de billets, mais ça ne fait pas mon affaire: les dirhams n’ont cours qu’au Maroc, et on ne peut donc pas les changer à l’extérieur! Toutefois, il se débrouille, avec un ami banquier pour le change, et me remet séance tenante 7000 euros.
Je lui paie aussi (j’ai des dirhams de reste plein les poches) la location d’une voiture avec laquelle Hassan va me conduire à Marrakech, puis sur le retour vers Casa, me déposera à l’aéroport, et enfin ramènera le véhicule à son propriétaire.
Tout cela nous a pris un peu de temps, et ce n’est finalement qu’à midi que nous arrivons à Ben Guérir.
C’est la ville où les voyageurs s’arrêtent pour déguster de la viande grillée et des fruits frais. Le genre d’endroit, ou à peine arrêtée, votre voiture est prise d’assaut par une nuée de petits vendeurs. Passons outre, et concentrons nous sur les étals où sont exposés, en plein soleil (mais il y a un préposé aux mouches) les morceaux de viande crus que l’on peut choisir à l’envie. On les pointe du doigt au grillardin, qui les ajoute à la queue sur son étal, c.a.d. à la suite des précédents (mais devant les suivants).
Il y aura donc un peu d’attente, et pour patienter l’usage est de se rendre chez « le Grec », ancien légionnaire, qui tient depuis des temps immémoriaux une gargote à proximité.
La seule autorisée, à délivrer du rosé. Je commande un pastis, j’achète une bouteille et un verre en carton, pour les glaçons, car il me paraitrait très dommage de manger des brochettes sans boire du rosé bien frais! Le Grec me connaît, car mes amours marrackchis m’ont souvent amené, à faire de courtes escales dans son estaminet. Alors, en confiance il rince et torchonne vigoureusement un verre qu’il remplit et me tend, avec un sonore  » à votre santé, Xavier » émergeant de son sourire édenté.
Lorsque je suis seul et disponible, il m’arrive de rester bien plus longtemps avec lui; là, il m’apprend bien des choses intéressantes sur le Maroc ancien, par exemple: il y a 50 ans, bien avant la climatisation, dormir chaque nuit à Ben Guérir, imposait de noyer le sol de sa chambre sous 5 centimètres d’eau (rare à B.G.) et de se lever au moins deux fois dans la nuit pour se doucher (alors à l’eau tiède).
Une fois, arrivant de Rabat, par Casa, je le trouvais dans l’arrière cour, bien ombragée, absorbé par une partie de poker, avec ses corelégionnaires. Je tentais de me joindre à eux, mais sans succès, et je me sentis évincé dès les premières donnes, pour avoir mis en cause la règle du jeu.
Je compris qu’il n’était pas raisonnable, alors que je venais d’entrer dans le tripot cinq minutes avant, d’avoir osé remettre en question, le règlement établi entre eux depuis près de cinquante ans…

Allez, après avoir ripaillé, Hassan et moi reprenons maintenant la route. Avec devant nous 80 kilomètres de ligne droite, où il ne faut pas relâcher sa vigilance.
La somnifère rosé produit son effet et je m’endors, faisant confiance à Hassan pour me conduire jusqu’à la ville rose, vers la demeure d’ Hajiba.

Culpabilisant un peu (on peut toujours rêver) d’avoir quitté Haroura, sans même me prévenir, mais sans doute plus préoccupée de rétablir le contact avec son principal bienfaiteur, Hajiba me reçoit avec le sourire; Hanane et Hachim, également. Pressé par le temps puisqu’il nous fallait encore retourner vers l’aéroport Casa-Nouaceur, je les informe que je prends l’avion ce soir pour le Sénégal, où je vais vendre mon logiciel. Je pense y passer quelques mois et revenir après à Marrakech. Restons en contact grâce à nos smartphones. Mais je sais déjà que je ne les reverrai pas, j’ai bien trop d’ennemi au Maroc pour y revenir. Et surtout, je n’ai plus la situation technique et financière qui m’avait permis d’entretenir tout ce petit monde, avec ses frasques dispendieuses, pendant plus de six mois.
« No money, no honey »comme disent les amerloques.

A vrai dire de cette entrevue que j’avais voulue, il ne me reste pas de souvenir, si ce n’est l’image de la mère et de l’enfant sur le pas de la porte, agitant leurs petites menottes.

Les menottes, c’est précisément, ce que je crains en arrivant à l’aéroport. Surtout que j’ai planqué les 7000 euros, bien serrés dans la petite poche extérieure de mon slip: je n’ai en effet aucun des certificats requis pour expliquer pourquoi j’ai une telle somme dans mon slip, ni pour être autorisé à l’exporter, dans mon slip, ou ailleurs!

Après l’enregistrement, muni de ma carte d’embarquement, je me retrouve avec Hassan dans un coin du grand hall d l’aéroport. Finalement nous sommes en avance et devons attendre que les services de police et de douane se mettent en place. Hassan en profite, dans sa grande sagesse, pour me demander s’il me reste des dirhams en poche. En fait il m’en reste pas mal, dont je lui fais cadeau, par grandeur d’âme, mais aussi parce que je n’en ai plus l’usage.

D’autre part Hassan sait que j’ai 7000 euros avec moi, et s’est bien gardé de me questionner sur ce sujet. Lorsque la police et la douane sont en place, Hassan se lève et me demande de l’attendre: il va demander au douanier d’être sympa avec moi. A son retour on se dit au-revoir et à bientôt à mon retour prochain du Sénégal.

Après le passage de mon chauffeur, le douanier est tellement sympa qu’il fouille minutieusement non seulement ma valise mais aussi mon sac d’ordinateur que je porte en bandoulière, conformément à l’usage. Et qu’il me garde vingt minutes pendant lesquelles il n’a de cesse d’essayer de me faire avouer que j’ai de l’argent sur moi.
Je ne donne pas de détail….mais je suis surpris que n’ayant rien trouvé dans les bagages, il ne fasse pas sur moi, une fouille au corps sérieuse et approfondie.
Mais apparemment il n’y a pas de local intime, ni le personnel spécialisé, et officiellement agréé pour procéder avec la délicatesse requise pour de telles investigations.
Quant à une palpation directe sur la poche du slip, il n’en est pas question. Et comme les chiens renifleurs d’euros sont au repos, je finis enfin, présumé innocent par passer la douane.

Le contrôle suivant c’est la police, et là je ne suis pas rassuré, car si mes amis avaient déposé contre moi, je pourrais fort bien faire connaissance avec les menottes.
Je suis tellement peu à l’aise que le policier de gauche, après avoir examiné mon passeport, et vérifié dans mon sac ordinateur, au lieu de tamponner, s’adresse à son collègue de droite, en arabe bien sûr…Je ne comprends pas mais je devine qu’ayant acquis des qualités de physionomiste, il lui tiens le discours suivant, en alexandrins:
« je le vois bien, ce type à peur,
mais rien dans son ordinateur! »
Et je pense en moi-même, toujours en alexandrins:
« C’est pas fait pour me rassurer,
Obligé, me laisser passer »
Il tamponne le passeport et me fait signe d’y aller…
Aidé par les roulettes de ma grosse valise, et soulagé, j’atteins la salle d’embarquement et présente mon billet à l’hôtesse. Tout va bien, et dix minutes plus tard nous sommes à la queue leu leu sur la passerelle d’embarquement, attendant l’ouverture de la porte de l’Airbus, par le steward, de l’intérieur. A ce moment un policier arrive en criant: « Monsieur Meyer, Monsieur Meyer ».
« Ca y est, c’est foutu, c’est sûr, j’l’ai dans le cul, il va me passer les menottes ».

Je réponds avec un oui de prisonnier servile: « le voilà, c’est moi ». La gars se dirige vers mois, fouille dans sa poche pour en retirer les menottes et me tend….mon passeport avec un grand sourire. « Vous avez de la chance, Monsieur Meyer, un peu plus tard et vous n’embarquiez pas, et vous perdiez votre billet! » J’ai failli l’embrasser sur la bouche, mais je me retiens à cause de sa moustache grisonnante!
Une fois assis confortablement sur mon siège dans l’avion, je me demande pourquoi le policier au passage du desk de la police, ne m’avait-il pas tendu mon passeport, et pourquoi ne m’en étais-je pas aperçu?
Il l’avait certes tamponné j’en suis sûr, et m’avait probablement fait signe d’y aller, de passer, mais sans me le rendre!





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