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Rwanda 1993: le génocide.

Un film dur qui dure une heure: Â regarder sur You tube, en entier pour se mettre dans l’ « ambiance. »
Tapez:
 » Rwanda Patrick de Saint Exupéry »


Aéroport de Bujumbura
Je me pose à l’Aéroport de Bujumbura vers 03h du matin. Je sais déjà que je vais avoir des problèmes car je n’ai pas de visa pour le Burundi sur mon passeport. Mais à Genève on m’avait dit de na pas retarder mon départ, un agent du HCR, m’attendrait à l’aéroport et se chargerait de régler le problème avec la douane. Je n’en suis pas à ma première mission, et je sais bien qu’un chauffeur sera là pour m’attendre!

Et bien, comme par hasard personne n’est là pour m’accueillir. Et c’est un peu dommage car la situation a Bujumbura n’est pas vraiment sûre.

Alors je m’explique devant un douanier intransigeant. Mais, il a flairé la possibilité de se faire un peu d’argent. Donc il ne me laisse pas passer la douane!
Il me désigne un endroit où attendre. Et je reste là à regarder partir tous les autres passagers.
L’aéroport se vide. Je connais ce genre de situation, et je n’aime vraiment pas l’idée de rester seul, de nuit dans un aéroport désert. De plus je n’ai pas de francs burundais pour convaincre le douanier, par la méthode du billet rouge.
Finalement tout le monde est parti, lorsqu’un 4×4 du CICR (Comité Internationnal de la Croix Rouge) se gare.
Je saute sur le chauffeur et lui explique la situation. Ça tombe bien il connait le douanier, lequel voyant son rêve de billets s’estomper, reste récalcitrant. Pour finir le chauffeur du CICR lui offre un pourboire généreux.
Je le remercie, monte à ses côtés, et nous nous dirigeons vers Bujumbura, la capitale.
Il me dépose devant le Headquarter (HQ), l’état major de la mission d’assistance aux réfugiés du Rwanda. Je suis largué ici, en plein centre ville, désert, en pleine nuit devant un portail clos, à la hauteur impressionnante! Les murs d’enceinte sont aussi tout aussi hauts. Personne à l’extérieur! Il me reste deux heures à attendre l’ouverture, et je ne suis pas fier, car des milices hutus, ou tutsi, se livrent la nuit à des expéditions mortelles en ville et dans les quartiers. Le matin, il y a couramment des cadavres à ramasser sur les trottoirs.
Je m’asseois sur le bord du trottoir et j’attends patiemment; j’en profite pour relire les termes de référence de ma mission. Il s’agit de coordonner l’alimentation en eaux des camps de réfugiés, tous situés le long de la rivière Ruzizi, frontière entre le Rwanda et le Zaïre.
Elle relie le lac Kivu au lac Tanganiyka. Les villes de Bujumbura et Uvira sont en rives gauche et droite de son embouchure dans le Tanganiyka.

Plusieurs ONGs effectuent les travaux, depuis l’exode des réfugiés sortis du Rwanda. Voir « Guinée 1 » pour l’organisation générale du programme et plus spécifiquement l’alimentation en eau.
Pour l’assistance aux réfugiés du Rwanda, le HQ est ici, à Bujumbura. Il gère aussi l’assistance aux personnes déplacées (les réfugiés de l’intérieur).

Le temps passe et finalement, un bruit de clé, me ramène à l’instant présent. Le portier est surpris de voir un blanc avec une valise, sur le trottoir. L’arrivée d’un expert est mieux coordonnée d’habitude!
Il m’introduit à un responsable, auquel j’explique mon cas. Le représentant du HCR dans la zone des Grands Lacs ne va pas tarder à arriver. En attendant: petit dej et repos allongé, ça fait du bien!
Un peu plus tard, on me conduit au bureau du représentant. Surprise, surprise!
On se connait bien, tous les deux!
Shelly était le chef du FO (field office, bureau de terrain) à Nzérékoré, où nous avions travaillé ensemble! Bisoux, bisoux etc.. il me présente ses excuses pour l’abscence du HCR, cette nuit à l’aéroport. Il me demande mon passeport et envoie un chauffeur pour le faire viser, à la Direction de la police nationale.
Nous échangeons quelques souvenirs, parlons du programme d’assistance aux réfugiés du Rwanda, dont il assume la Direction; les opérations sur le terrain étant pilotées et coordonnées par toute l’équipe du FO, Field Office résidente à Uvira.
Et finalement il me propose quartier libre jusqu’à demain, pour bien me reposer de la fatigue du voyage.
Je décline, alors il me m’invite à prendre au moins le repas de midi avec lui à Bujumbura, puis à faire une bonne sieste; et le logisticien du FO d’Uvira viendra me chercher vers 16 h. OK.
Durant le repas, il me confie qu’il vit en couple avec une jeune (et jolie) femme belge. Il envisage le mariage mais craint que ce ne soit pas compatible avec sa position au HCR. D’autant plus que sa chérie est la fille du plus gros entrepreneur du Burundi.
Eh bien, il n’avait pas tort, car après son mariage, trois ans plus tard, il a été contraint de démissionner. Conflit d’intérêt?

Gilles et Hurier
A 16 h donc, Gilles, se pointe dans son 4×4, Toyota, Landcruiser, tout neuf, avec fin du fin, housses de banquette en peau de mouton, pour éviter la transpiration du dos. Nous prenons sans attendre la direction du Zaïre, car la douane ferme à 18h. Je lui passe mon passeport, et il file à leur bureau pour les tampons.
En cours de route (plus exactement de piste) il m’explique que, ce soir je serai logé dans un hôtel, et demain on verra avec MSF (médecins sans frontière) qui a loué plusieurs villas pour constituer sa base, logements et bureaux.
Puis il me dépose à l’hôtel à la vue duquel mon sang ne fait qu’un tour. Je rattrape Gilles: « tu vas pas me laisser ici, il n’y a personne, pas de télé, il fait une chaleur à crever à l’intérieur. Et surtout rien à faire!
J’ai pas envie de me m’emmerder, tout seul, jusqu’à demain ».
Gilles: bon OK, je t’emmène chez MSF. Avec Hurier, on a une villa complète, avec trois chambres. Ça colle, et à partir de maintenant nous trois, nous sommes cothurnes.
C’est super, je suis avec deux gars sympas, eux mêmes sur le programme depuis deux mois. Excellente entrée en matière!

Et puis, très chouette, on se pointe à la table commune pour le dîner avec l’équipe de MSF. C’est carrément international: français(es), belges(es), anglais(es), togolais, zaïrois, nigérien….la table est pleine, n’en jetez plus!
En plus de la bouffe (fretin du lac, frites et salade) il y a un bon rosé de Provence. Dans l’humanitaire, pour dégager le stress et la fatigue, le soir on picolle. Vrai de vrai!
Alors l’ambiance est excellente, chacun a forcément queque chose à raconter, une blague, un vécu marrant dans un camp, une opinion intéressante, une conviction à défendre..un exploit personnel. Pourquoi pas?
A moi, le nouveau, on me demande de parler de moi: « – qui suis-je? – d’où viens-je? – dans quel état j’erre? »
Ça tombe bien, j’adore parler de moi; et il faut croire que j’ai bien parlé, puisqu’une question fuse: « t’es marié, Xavier? ».
« Oui, mais c’est pas grave ».
« D’ailleurs je vous lance un appel d’offres, ici et maintenant » . Les appels d’offre on connaît dans l’humanitaire!
C’est pas vraiment marrant, mais tout le monde rigole.
« Bon les gars, les filles, demain on bosse » c’est la chef de MSF qui lève le camp. En tous cas, bonsoir, bisoux, bisoux, et merci!
Arrivé à la maison, Gilles et Hurier sortent quelques bières du frigo, et entreprènent de me mettre au courant des evènements.
Il y a deux mois les présidents du Rwanda et du Burundi participent à une réunion de conciliation organisée à Abuja en Tanzanie par les Nations Unies. Un accord entre les deux éthnies: hutus et tutsi, est signé. Et les deux présidents rentrent par le même avion, piloté par un français. Mais l’atterrissage à Bujumbura allait leur être fatal: l’avion, touché par un missile, s’écrase juste avant la piste! Dans le jardin de la propriété de Abiyabirama, le président du Burundi. Gilles et Hurier ont tout vu de la terrasse de leur maison, qui domine la piste d’atterrissage.
Les présidents du Rwanda et du Burundi trouvent tout deux la mort dans le crash.



L’ignoble massacre
Au Rwanda, cet événement tragique déclenche le massacre des tutsi, préparé en secret par les autorités de l’ethnie Hutu. Des soldats se rendent dans les nights clubs de la ville et tirent dans le tas. Des milices (interhamwe) commencent leur sinistre « travail ». Elles seront relayées dès le lendemain matin par la population hutu. 50.000 machettes sont distribuées au petit matin, dans les quartiers hutus pour démarrer le « travail »: massacrer tous les tutsi, et aussi les hutus jugés trop modérés.


Huit parachutistes belges sont assassinés, parce que leur commandant en accord avec le représentant de l’ONU, leur a ordonné de remettre leurs armes aux rebelles, sans combattre. Il sont immédiatement exécutés un par un, et ces assassinats sont commentés en direct sur le talkie-walkie, par leur officier, lequel se prendra une balle dans la tête en dernier.
Tout ça s’est passé à 300 m de la caserne des casques bleus qui ont laissé tuer leurs camarades sans intervenir! Incompréhensible!
Enhardie par cet « exploit des hutus » la population éponyme s’implique, dès lors totalement dans les massacres systématiques des tutsi. 800.000 morts en un mois!
Je vous épargne les descriptions des atrocités, hélas semblables, en Afrique d’un pays à l’autre dans des circonstances similaires.

Extrait du film Hotel Rwanda:
https://youtu.be/SG9rpAY3ITc

Gilles et Hurier, me précisent qu’ils sont tombés, le lendemain du crash de l’avion, un peu par hasard sur un premier charnier découvert dans l’église de Kitega.
Passant devant en 4×4 et attirés par l’odeur insoutenable, ils s’approchent et découvrent à l’intérieur une assemblée de tutsi, tous morts assassinés, brûlés ou grenadés. Horrifiés Gilles et Hurier décident d’effectuer le décompte. Environ 300 morts. Interrogeant ensuite les gens du village, ils apprennent que des soldats hutus, guidés par le prêtre hutu de la paroisse, ont procédé au massacre systématique des fidèles venus se réfugier à l’intérieur de l’église. Gilles et Hurier connaissent le prêtre, et se rendent au quartier général du HCR, pour témoigner du charnier, et en dénoncer l’instigateur.

Quelques jours plus tard les casques bleus et la communauté internationale, quittent le pays. La france organise à l’aéroport le rapatriement de ses ressortissants par vols dédiés. Mais les ordres sont formels, pas d’embarquement pour les étrangers.La nationalité française est absolument requise.
Parmi les couples mixtes, seuls les mariés sont admis. Malheureusement de nombreux couples sont simplement « en ménage ». Quasiment toutes les copines sont tutsi, et donc vouées à un massacre certain, les hutus les attendent à la sortie du parking de l’aéroport.
L’ambassadeur présent à l’aéroport est sollicité par ses compatriotes français pour procéder sur le champ au mariage légal. Il en a l’autorité, mais il refuse catégoriquement. La mort dans l’âme les français embarquent après des adieux déchirants à leurs copines, qui elles aussi ont leur mort dans l’âme! Et tout de suite dans leur corps. Elles ont toutes été massacrées à la machette. J’en ai les larmes aux yeux en écrivant ces lignes.
Seuls quelques français ont eu le courage de rester, et certains ont pu sauver leur compagne; d’autres ont recueillis des enfants…Voir film « Hôtel des mille collines ».

Et sur ordre de Mitterrand, l’armée française avait sécurisé une zone de repli pour les hutus, où ils seraient protégés de Kagamé et de son armée ! Et ce sont ces réfugiés hutus génocidaires qui ont été accueillis au Zaïre dans les camps organisés par le HCR. Alors la question se pose : comment les ONG, organismes humanitaires s’il en est, ont-elles pu accueillir et prendre en charge cette bande d’assassins ? Réponse : à cause de la présence des femmes et enfants parmi les assassins !


https://youtu.be/Ul6oaXK4REchttps://youtu.be/nuWcXdP_DOo
Enfants soldats au Congo (ex Zaïre).

https://youtu.be/9jqf1Hqi5WQ

Les enfants soldats au Congo (ex Zaïre)
https://youtu.be/Ul6oaXK4REchttps://youtu.be/nuWcXdP_DOo

Et voici le Rwanda d’aujourd’hui qui s’est bien relevé, 25 ans après.
Entretien exclusif avec Paul Kagame.

https://youtu.be/4kEiqV5zx7ghttps://youtu.be/zy0muJcrtwkhttps://youtu.be/tMNWiIjLFZE
Reportage au Rwanda. Quel rôle de Kagame?

Génocide au Rwanda: quelle rôle à joué la France
https://youtu.be/XcgOjq2wqGQ



https://youtu.be/Ul6oaXK4REchttps://youtu.be/nuWcXdP_DOo Les enfants soldats
La guerre s’étend au Zaïre (RDC): https://youtu.be/ffrRXs_bvkEF


Gilbert Nshimiyimana est né en 1985 au Rwanda. A partir du 06 avril 1994 son quartier de Remera va connaitre les affrontements entre les Forces Armées Rwandaises (FAR) et l’Armée Patriotique Rwandaise (APR). Avec sa famille, il va s’exiler au Zaïre, devenu depuis la République Démocratique du Congo (RDC), échappant de peu aux massacres perpétrés dans son quartier de Remera.

Lors de l’attaque des camps de réfugiés rwandais en 1996 par l’AFDL/APR, Gilbert fait partie du groupe de réfugiés qui rentrent au Rwanda. Peu de temps après, le 21 janvier 1997, il va vivre l’indicible avec lorsque 13 personnes de sa famille y compris un bébé, sont assassinés, ils sont trois à avoir survécu : son oncle Patrick Horanimpundu[1], sa sœur et lui.


Gilbert Nshimiyimana
De son enfance, Gilbert Nshimiyimana se souvient avoir vécu en harmonie avec ses camarades « On jouait avec tous les enfants du quartier sans distinction, on ne se disait pas qu’un tel venait de telle préfecture ou qu’un autre venait d’un autre pays, surtout que le Rwanda n’était pas habité uniquement par des Rwandais, il y avait des ressortissants étrangers qui y habitaient ». Le 06 avril 1994, quand le Falcon 50 avec à son bord les présidents rwandais et burundais : Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira est abattu, Gilbert et sa famille sont chez eux. A partir de ce jour et les jours qui ont suivi, ils ont vécu au rythme des bruits de tirs nourris. Ils sont restés cloitrés à l’intérieur de leur maison, un jour ils ont essayé de sortir sur la terrasse de la maison et une bombe a été lancée immédiatement sur leur maison « On a vu un gros morceau de métal venir se loger dans le toit de notre maison. Nous avons vu cet objet s’écraser devant nous, nous ne pouvions pas l’identifier. Par après on l’a ramassé et on s’est renseigné et on nous a dit que c’était l’éclat d’une bombe. Nous, nous ne savions pas à quoi pouvait rassembler une bombe ou une balle, nous voyions seulement que c’était un objet avec une certaine longueur ». Deux semaines après l’attentat sa famille quitte Kigali en empruntant la route de l’aéroport de Kanombe suit les autres déplacés jusqu’ au Zaïre. Après avoir quitté leur quartier, les personnes qu’ils ont rencontrées ont manifesté leur étonnement de les voir vivants, en effet « On leur avait dit que le FPR était arrivé dans notre quartier et que les gens qu’ils trouvaient dans les maisons, ils tiraient directement sur eux sans demander qui ils étaient. Et là on s’est rendu compte que par chance nous avions pu quitter le quartier sans que l’un d’entre nous ne soit blessé“.
La première guerre du Congo a commencé en novembre 1996, dans leur progression les éléments de l’Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Zaïre (AFDL) aidés par les éléments de l’APR détruisaient les camps des réfugiés rwandais. Celui dans lequel se trouvait la famille de Gilbert a été détruit aussi. La famille de Gilbert, voulant mettre fin à cette vie en exil et croyant à un retour de paix au Rwanda, a décidé de retourner dans son pays natal : « Quand ils ont détruit les camps des réfugiés, nous sommes retournés au Rwanda. On se disait que si les camps des réfugiés sont détruits, la guerre allait arriver aussi au Zaïre, on s’est dit que nous n’allions pas passer notre vie à fuir dans des pays que nous ne connaissions pas. De plus on s’est dit que la paix était revenue au Rwanda, c’était l’occasion de retourner dans notre pays natal ». Pendant plusieurs jours ils ont marché, tout en étant contents de rentrer chez eux, ils sont passés par les nombreuses barrières tenues par les militaires de l’APR sans difficultés jusqu’à la dernière barrière se trouvant dans leur commune natale Satinsyi à Gisenyi. A cette barrière située à Kabaya, les soldats de l’APR leur ont donné un soldat pour les accompagner jusqu’à chez eux. La famille de Gilbert a alors manifesté son incompréhension de se voir assigner un soldat pour les accompagner alors que le Rwanda était devenu un pays en paix. Les soldats ont insisté en leur disant  qu’ils devaient nous assigner une personne pour nous accompagner jusqu’à chez nous, assurer notre sécurité et voir où on allait habiter. 
Quand ils sont arrivés chez eux, leurs voisins ont manifesté une certaine crainte de les voir revenir : « Les gens qui nous connaissaient ou qui connaissaient notre famille, nous regardaient et nous disaient avec lamentations « Vous aussi vous rentrez ? Nous pensions que vous étiez décédés ! Pourquoi vous revenez ici alors que tout le monde pensait que vous étiez décédés ? ». Le soldat qui les accompagnait après avoir vu que la population les avait reconnus a commencé à poser des questions qui pour Gilbert étaient de nature à savoir qui ils étaient et non pour assurer leur sécurité. Il a alors pris congé tout de suite sans les accompagner jusqu’à leur maison. Par la suite la famille de Gilbert est partie se faire enregistrer et les autorités rwandaises ont su que son père était un ancien des FAR. Quelques jours après sa famille a commencé à être l’objet d’un harcèlement de la part des militaires de l’APR : « il ne s’est pas passé une semaine sans que des militaires du FPR viennent tous les jours chez nous pour voir si mon père allait bien, et s’infor- mer sur sa sécurité. A plusieurs reprises Gilbert souligne ces visites quotidiennes : « Les gens du village ont commencé à nous dire que ce n’était pas bien que les militaires viennent tous les jours, nous leur avons répondu que ce n’était pas nous qui leur demandions de venir, qu’ils venaient d’eux-mêmes ».
Un jour, les militaires ont emmené leur père à un endroit inconnu : « Le temps est passé, notre père n’est pas rentré. Depuis le jour où ils l’ont emmené il s’était passé un mois sans qu’il ne soit rentré et pendant ce temps nous avions droit aux visites quotidiennes ». A son retour leur père les a alors informé qu’il avait été emmené dans des camps militaires pour être interrogé sur ses aspects militaires et politiques. Gilbert continue son histoire en racontant comment les visites avaient fini par prendre une autre tournure: des étrangers qui disaient être des enquêteurs se sont joignaient aux soldats de l’APR lors des visites; et puis son père, chrétien assidu, avait été arrêté plusieurs fois au milieu de la messe.
Un jour, de retour d’une arrestation, il a informé sa famille qu’il avait des inquiétudes sur leur avenir! Ces dernier temps, les gens qui l’interrogeaient lui posaient beaucoup des questions et qu’ils lui disaient qu’il devait coopérer, que dans le cas contraire, les conséquences sur sa famille seraient de sa responsabilité. Quelques temps après, le 21 janvier 1997, la famille de Gilbert passait une soirée ordinaire quand ils ont entendu une personne qui forçait l’entrée de la clôture de leur maison sans avoir frappé à la porte. Gilbert et son oncle étaient dans la cour quand ils ont vu une personne sauter par-dessus la clôture, « C’était un homme en tenue militaire et avec une arme. Nous sommes tout de suite entrés dans la maison. On s’est dit qu’une personne qui force l’entrée, qui entre sans prévenir et qui saute par le dessus du portail, qui ne dit pas bonjour, ce n’était pas normal. ». Leur maison était éclairée par une faible lumière, une Itadowa (une petite lanterne à pétrole utilisée dans les villages au Rwanda), Gilbert et son oncle se sont cachés dans une chambre très sombre : Gilbert sous le lit et son oncle dans un coin. De leur cachette ils ont assisté aux événements qui ont suivi : « Mes parents étaient au salon, mon père était assis en train de manger et ma mère était allongée dans le canapé. Quand ils sont entrés, ce sont les premières rafales de mitraillette qui fauchent toute sa famille….

Arrivée de Kagame

Assez rapidement, sous le commandement de Kagame, la diaspora tutsi en Ouganda s’est armée, a traversé la frontière avec le Rwanda et a entamé la marche vers Kigali. Ils mettrons un mois à atteindre la capitale, ralentis par les combats contre l’armée hutu.
Pendant ce temps les hutus continuaient leurs basses œuvres, jusqu’à leurs fuites à l’arrivée de Kagame et de ses troupes.
Et sur ordre de Mitterand, l’armée française avait sécurisé une zone de repli pour les hutus, oû ils serait protégés de Kagame et de son armé.

Les réfugiés
Et ce sont ces réfugiés hutus ģénocidaires qui ont été acceuillis au Zaïre dans les camps organisés par le HCR. Alors la question se pose: comment les ONGs, organismes humanitaires s’il en est, ont-elles pu accueillir et prendre en charge cette bande d’assassins. C’est que
mêlés aux assassins il y a les femmes et les enfants.
A ma connaissance, une seule ONG a plié bagage, un an après l’ouverture des camps. Il s’agit de MSF Belgique, nos amis qui m’ont hébergé à mon arrivée sur site! Très impliqués dans l’élaboration d’une vingtaine de camps, ils étaient aussi chargés de leur alimentation en eau potable.

OXFAM
Avec OXFAM, véritablement experte en la matière. John Howards, leur ingénieur avait continué le travail de son père, aboutissant à la mise au point de kits gigantesques, mais transportables par avions KC130: réservoir de 400 m³, stations de pompage modulaires, stations de traitement, stations de chloration. Ils assuraient aussi sur place, par envoi de monteurs et de moniteurs, la formation des opérateurs zaïrois.
Du grand travail! Mais d’autres ONGs françaises, allemandes, autrichiennes spécialisées dans l’hydraulique, assuraient aussi, mais plus haut dans les camps rattachés à un autre FO, dans la ville de Goma, en bordure du lac Kivu.

Mais revenons à la fin du récit de Gilles et Hurier. Et bonsoir, demain matin réunion de briefing à 8h.

Field office d’Uvira
A cette réunion je fais connaissance avec tous les collègues du HCR: les experts, les volontaires, les techniciens, architectes, médecins, infirmiers, nutritionnistes, hydrauliciens, assainissement, agriculture, et aussi enseignement, sécurité, transmissions, et sociologues, démographes etc..
Le tour de table est éloquent! Nous sommes entre gens de bonne compagnie! De nationalité française, anglaise, ghanéenne, belge, togolaise, béninoise, ivoirienne, nigérienne…
En début de réunion, c’est le ghanéen qui prend la parole. Il se présente: diplomate, avocat, ayant effectué plusieurs missions pour le HCR, l’UNICEF, la FAO. Il commence par un speech sur la nécessité de prendre les réfugiés au sérieux, de les respecter et de faire preuve de compassion en raison des épreuves qu’ils ont subies.
Puis nous passons au tour de table: chacun fait le point en français, sur la situation relative à sa spécialité dans les 19 camps au programme. La situation actuelle, et les évolutions prévues. Une attention particulière est évidement portée sur les actions urgentes à entreprendre.
Logisticien, médecin, hydraulicien, spécialiste sanitation sont invités à se grouper pour une reconnaissance générale dans les camps.
Un 4×4 suffira, et notre première halte sera pour le camp le plus proche au bord du Tanganiyka, installé sur la berge de sable blanc. D’un blanc magnifique, ce sable qui entoure le lac, héberge un virus qui menace la santé des réfugiés. Il est décidé de déplacer le camp hors de la zone sableuse. Cette proposition, étoffée par une nouvelle localisation précise, par les actions rattachées au transfert du matériel et des réfugiés, et par une évaluation du coût global de ce déménagement sera soumise à notre Field Officer.
Puis nous passons aux autres camps. Mon attention se porte en priorité sur les installations de pompage dans la rivière Ruzizi, puis de traitement (clarification, filtration, chloration) et enfin de distribution par bornes fontaine. Comme je l’ai expliqué plus haut, le matériel de l’ONG Oxfam, est mis en œuvre dans chaque camp. A la satisfaction générale. Cependant la formation du personnel n’est pas achevée, notamment pour l’emploi des produit de clarification, cest le point délicat de la chaîne de traitement.

Départ de MSFB
Ainsi à Luvungui, un des camps gérés par MSFB, une confusion entre deux produits aboutit à une surchloration de l’eau distribuée. Celle-ci est imbuvable. La distribution est arrêtée. Mais les agitateurs qui contrôle le camp (des hutus qui veulent prendre leur revanche) accusent MSFB, d’une entente avec les tutsi, et d’une tentative d’empoisonnement des hutus. Ils menace ouvertement l’ONG de représailles sur son personnel. Le directeur de MSFB opère un repli de deux semaine pour tout le personnel à Bujumbura. Puis de retour ils tentent une reprise en main du camp de Luvungi. Mais finalement quelques mois plus tard, écœuré par l’accroissement de la violence dans les camps noyautés par les hutus génocidaires extrémistes, MSFB quittera le programme, arguant (officieusement) qu’ils ne veulent plus travailler pour des assassins.
A ce propos Jonh Howard, l’ingénieur d’Oxfam, dont j’ai parlé plus haut relate avoir assisté à la décapitation au coupe-coupe d’un chef de famille qui persistait à vouloir quitter un camp de déplacés au Burundi, malgré l’opposition du chef des réfugiés, hutu extrémiste.
A propos de l’accroissement de la violence sur ce programme d’assistance aux réfugiés du Rwanda, je me dois de relater les faits suivants pour lesquels je me suis senti concerné:
– A mon arrivée au Zaïre, j’apprends que l’ingénieur que je venais remplacer a été tué, quelques jour avant mon arrivée, lors d’une réunion de coordination à Bujumbura.
– plus tard une bombe explose sur la place du marché de Bujumbura, alors que j’étais en train d’y effectuer mes courses. La place, pleine de monde c’est vidée en moins d’une minute.
– Et enfin, quelque jours après mon départ du Zaïre, quatre ingénieurs hydrauliciens venus pour l’extension du programme au Burundi, sont fauchés dans leur 4×4 par une rafale de mitraillette.

Mais, revenons à nos réfugiés: nous visitons des camps qui sont déjà opérationnels pour la distribution de l’eau potable, tous à peu près selon le même schéma: une station de pompage dans la Ruzizi, une station de traitement à proximité et une conduite d’adduction jusqu’à un réservoir de stockage qui à l’extérieur domine le camp. Ce réservoir distribue vers plusieurs antennes qui aboutissent à autant de bornes fontaines. Donc pas de soucis, sauf la formation du personnel à la gestion des stations de traitement et à l’entretien général des installations, problèmes déjà exposés plus haut.

Mon auberge
Maintenant je cherche un logement cool et sympa. Coup de chance, j’aperçois de loin, en sillonnant la ville d’Uvira, une enseigne « Auberge du lac ». Elle est située au bord du Tanganiyka, et du premier étage la vue est merveilleuse. Je m’installe dans la plus grande chambre, balcon donnant sur le lac, bien meublée; et j’embauche un gardien, qui aurra la tâche de dormir la nuit, allongé sur le balcon sous la fenêtre de ma chambre. Ainsi, si un malendrin arrive et essaye de s’introduire par la dite fenêtre, il marchera immanquablement sur le gardien, qui se réveillera!
Le prix de la chambre est correct: 13 USD la nuit.
Je suis réveillé la nuit par des saoulards qui occupent les autres chambres à l’étage, je les entends vomir et pisser toute la nuit. Il faut bien évacuer les bières!
Donc le lendemain matin, je vais trouver le directeur de l’auberge et lui demande si je peux louer tout le premier étage, c.a.d. ma chambre, le grand séjour et les quatre cellules qui servent de chambres aux soulards. Le directeur est enchanté de ma proposition qui s’étend sur une année complète jusqu’à la fin de ma mission au HCR. C’est pour lui une occasion inespérée: en effet son DG à été admis dans un hôtel de la capitale pour y être soigné d’un cancer. Mais il y a des frais, et ma location, va enfin permettre de les couvrir. Alors on signe un contrat pour un an et on en passe à 17 USD la nuit pourvu que je reste une année complète. De plus le directeur me propose de refaire la peinture dans ma chambre.
Tout va bien, j’ai bien progressé en peu de temps. Je suis certainement le mieux logé de toute la mission, et on m’a affecté une Toyota Landcruiser toute neuve et dernier cri. La maison Toyota « soigne » le HCR, son meilleur client, auquel elle offre de temps à autres, un 4×4 dernier cri. J’ai un chauffeur qui me comprend et que je comprends, ce qui est la moindre des choses. Celui-ci, pour me rendre la vie agréable, accède à ma demande, de transgresser discrètement la règle infâme du HCR: tous les véhicules parqués pour la nuit au field office, dès 16 h. Après ce serait dangereux.
De même il est interdit au personnel de sortir le soir.
Eh bien, j’ai transgressé cette règle pendant toute la durée de mon séjour. Je ne dis pas que les responsables ne s’en sont pas aperçus, mais je pense qu’eux même faisant de même, ont jugé préférable de me laisser faire.

Bintou à l’auberge A compléter.
A l’arrivée de Bintou, notre installation à l’auberge, construite par les belges pour leurs fonctionnaires, Peinture refaite. Location du premier étage à 17 Usd la journée. Vue sur le lac. Pécheurs de fretin, au lampareau, tel des centaines de lucioles palpitant à la surface du lac Tanganika. Lever de lune sur les monts Mitumba.
Réunions nocturnes proches d’une secte mystérieuse (mutisme des témoins: mais les fidèles seraient nus, entassés dans une petite maison, scandant en transes leurs trop bruyantes onomatopées).
Une vielle femme, seule, installée, derrière la porte de notre chambre, en haut de l’escalier de service. Un jeune homme, en quête de rapines tente de passer par le balcon. Attrapé par le gardien, il présente en tremblant ses excuses; il nous supplie de ne pas le signaler à l’armée zaïroise, en charge de la sécurité, ce serait son arrêt de mort. C’est un jeune étudiant. Il a 17ans.
Il nous dit qu’il se procurait de la nourriture en perçant les sacs de riz (approvisionnés par l’humanitaire), à travers les bâches des hangars de stockage. Mais ce n’est plus possible car ils sont maintenant gardés par des militaires qui tirent à vue
https://youtu.be/85EWuD3485o

Le grand pardon

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