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Rwanda 1995 Photos aériennes

zaïre 3 1995 J’ai 51 ans.

Avec l’aide d’OXFAM UK, et MSF Belgique, et d’autres ONG, nous avons construit les systèmes d’AEP pour  tous les camps de réfugiés de la vallée de la Ruzizi, rivière qui débouche dans le lac Tanganika.

La situation générale dans la zone d’Uvira continue a être la cause de l’insécurité qui règne dans les camps de réfugiés, où l’on trouve d’anciens soldats ou militaires qui pillent, terrorisent et tuent les réfugiés civils.
L’existence de groupes politisés impliqués dans des activités militaires, est rapportée par le Field Office.
Les camps de réfugiés de Kamanyola, Kanganiro, Luvungi, Kakunga et Bwegera sont connus pour abriter de tels groupes.
Le nouveau camp de Kanganiro, où sont hébergés des réfugiés rwandais de Bukavu est à l’origine de nouveaux problèmes de sécurité. Une connexion d’activités militaires entre les camps de réfugiés de Luvungi, Kanganiro, et Kamanyola est due à la présence de 300 à 600 ex-soldats en provenance de Bukavu.
Régulièrement il est fait état de nombreuses attaques avec des armes à feu, qui créent l’insécurité dans la zone, depuis l’ouverture du camp de Kanganiro. On craint la poursuite de ces activités militaires, avec de possibles attaques à la Kalachnikov et aux grenades, circulant encore dans la zone.

Les autorités burundaises expriment leur préoccupations à propos de ces camps de réfugiés localisés le long de la frontière, depuis l’ouverture du camp de Kanganiro.
Le directeur de l’office régional du HCR à Bujumbura a déclaré être sous pression de la part du gouvernement burundais. Je le connais personnellement , à Bujumbura, pour avoir effectué avec lui, pendant deux ans, une campagne de protection des réfugiés du Libéria et de la Sierra Leone, à Nzerekore, en Guinée Forestière.

J’ai déjà signalé, que dimanche passé, alors que je faisais, avec Bintou, mes courses sur la place bondée de monde, du marché de Bujumbura, une bombe explose à une trentaine de mètres de nous. Nous montons dans le 4×4 et attendons que la place se vide, ce qui n’a pas pris plus d’une minute.

Tous les efforts du Fiel Office du HCR d’Uvira pour encourager les réfugiés à retourner dans leurs anciens camps sont restés inopérants. Beaucoup sont transférés mais une fois, deux fois ou trois fois, mais ils reviennent en ville à chaque fois, et y vendent le matériel de survie qui leur a été distribué.
En l’absence d’une coordination stratégique entre le Field Office, les autorités locales et le Diocèse, le principal partenaire traitant les réfugiés d’Uvira, ces groupes para-militaires continuent de faire pression sur notre Field Office.


Foule au Field Office (Bureau du HCR à Uvira).
A notre retour, au field office, on commençait á réaliser qu’un nombre croissant de refugiés quittaient les camps pour venir habiter en ville, á Uvira.
Et ça c’était interdit.
Donc si la desserte des vivres dans les camps continuait, réduite et au ralenti, par contre aucune desserte n’était effectuée en ville. Cette situation empirait de jour en jour, et les réfugiés en ville se présentaient de plus en plus nombreux pour demander á manger. La réponse inflexible était:
« Si vous voulez á manger, retournez au camp ».
On n’y comprenait plus rien, on ne savait plus les quantités á servir dans les camps. On connaissait le total initial des réfugiés enregistrés, installés dans les camps. Mais comment évaluer le total de ceux qui y restaient maintenant?
De manière évidente, c’était maintenant des centaines de personnes (mais étaient – elles toutes des réfugiés?) qui venaient réclamer á manger au field office. Ça pouvait tourner á l’émeute. Cest ce qui s’est produit, le jour même oú l’ambassadeur de Belgique est venu nous rendre visite au field office.
Ce matin lá, au lieu de faire ma tournée quotidienne dans les camps, je restai exeptionnellement au bureau pour rassembler mes idées et rédiger un rapport.
Faute de place á l’intérieur, je m’installais sur la terrasse couverte du premier étage. J’avais une vue directe sur le portail d’entrée, et l’extérieur immédiat. Et de l’extérieur on avait une vue directe sur moi. Je déplaçais une armoire, pour me masquer de la vue des passants et avoir un minimum d’intimité dans mon travail. Et je commençais á réfléchir et á rédiger.
Peu après j’entends qu’on ouvre le porttail, et je jette un oeil: une mercédès, flanquée á l’avant d’un drapeau diplomatique, entre dans notre cour. Renseignement pris, c’est l’ambassadeur de Belgique dans la zone des Grands Lacs, qui nous rend visite ce matin. Je me remets au travail. Ensuite des bruits de disputes éclatent. Perturbé dans mon travail, je regarde ce qu’il se passe dehors. Un petit groupe de réfugiés se dispute avec le gardien, qui refuse de les laisser entrer. Je suis surpris de constater la présence de deux militaires zaïrois en armes, perchés sur le faît du mur d’enceinte de part et d’autre du portail. Le gardien rentre et s’applique á fermer le portail. Dautres gens arrivent et commencent á s’agglutiner autour du field office. Je descend alors pour aller me renseigner auprès de mes collègues. Puis je me remets au travail, derrière mon armoire. Au début, simples éclats de voix, la dispute vire peu á peu au grondement de foule. Je me lève á nouveau de ma chaise et m’approche de la balustrade pour suivre l’évolution des évènements. C’est maintenant une véritable foule qui nous assiège. En bas, deux individus me pointe du doigt et font le signe de me trancher la gorge. Pas vraiment sympa! Je redescends et au rez de chaussée, c’est l’effervescence.
L’assistante en charge de la securité, explique qu’elle a déjá vécu ça, ce n’est rien ça va se calmer. Je peux retourner faire mon rapport, en haut. Par contre mon ami Schuler, un suisse responsable pour la sécurité) suggère d’évacuer sans tarder l’ambassadeur, car la foule augmente rapidement. On demande donc á l’ambassadeur de monter dans la mercédes, avec Schuler, volontaire pour les accompagner, son talkie-walkie á la main. Le Head Quarter (quartier Général) de Bujumbura suit l’évacuation en direct. C’est très délicat, il s’agit tout de même d’un ambassadeur ! Du haut de ma terrasse, je ne perds pas une miette des évènements.
Deux de nos gardiens ouvrent brutalememt et simultanément les deux battants du portail qui claquent violemment contre le mur d’enceinte. La mercédès surgit, dans un vombrissement de moteur, hors de la cour, la foule s’écarte précipitamment.On entends le bruit des pierres qui s’abattent sur la carrosserie calliassée, et en même temps le coup de feu des soldats qui tirent dans la foule! Foule qui détalle immédiatement, á toute allure. Par talkie walkie Schuler informe que tout va bien, rien de cassé. L’exfiltration est réussie. Et ici, en quelques secondes plus personne devant le field office. Tout le monde à Détalé.
 » Tout à coup c’est le silence, tout disparaît, tout s’apaise, et les papillons indifférents reprennent leurs silencieuses sarabandes. »
Les soldats sont descendus de leur mur, et arrêtent, séance tenante, un jeune venu récupérer son vélo.
Et la vie reprend son cours. Et je reprends mon rapport.
Le lendemain matin au cours du briefing, on nous indique qu’une vieille femme, dans la foule, a été blessée par balle au mollet.
Le surlendemain une organisation hutu, affiche sur les murs de la ville et sur les tronc d’arbres le long de la voie principale des menaces explicites á l’endroit du HCR.
Ça m’inquiète un peu parce que le matin jai l’habitude de parcourir á pied le chemin de mon auberge, jusqu’au Field Office.

Tentative de corruption?
C’est ainsi que passant devant une belle villa á étage, je suis interpellé par un hutu, qui minvite á entrer prendre le petit déjeuner chez lui. Il me présente sa famille, attablée pour le petit déjeuner et m’invite á me mettre á table avec eux. Plutôt sympa comme ambiance. Nous parlons de la pluie et du beau temps, par les temps qui courent, sans doute le seul sujet qui ne fache personne. Le repas s’achève et je reste seul avec le père de famille.
La conversation s’oriente vers mes activités au sein du HCR. Ça ne me surprend pas, il cherche des informations…J’ai l’habitude.
Un homme s’introduit dans la salle á manger: »bonjour mon colonel », « bonjour monsieur ». Puis ils commencent á parler ensemble, en anglais. Il s’agit clairement d’un trafic de riz, qu’ils organisent á partir d’ici vers Naïrobi. Ils escomptent des rentrées financières importantes qui leur permettront d’acheter des armes. Je n’y comprend rien, pouquoi racontent-ils tout cela devant moi?

Quoiqu’il en soit, je ne veux pas en entendre plus. C’est potentiellement très dangereux. Je me rappelle qu’un collègue hydraulicien, Pedro, avait été assassiné á Bujumbura juste avant mon arrivée dans le programme. Assassinat en relation avec des gradés de l’armée burundaise, devenus ses amis, dont il découvrait les projets criminels, et qu’il entendait dénoncer au Head Quarter du HCR.
L’ assassinat, effectué par des militaires en uniformes bleus (armée tutsi) ayant eu lieu au cours d’une réunion de travail. Je tiens ces renseignements d’un technicien du HCR, ayant assisté á cette réunion fatidique, et qui me raconte avoir réussi rester en vie, en se précipitant sous la grande table de réunion.

J’en ai parlé á Jean Libert, qui m’a dit que « mon colonel », le colonel Pascal, était connu pour avoir été un des instigateurs hutu du massacre des tutsis. D’oú Jean tenait-il ces renseignememts? Mystères..
…et boules de gomme :).

Aujourd’hui, 25 ans après, je pense que le « colonel Pascal », avait tenté une première approche pour me corrompre dans le but de m’avoir comme agent au sein du HCR.

À l’issue du procès devant la cour  de Paris, Pascal Simbikangwa a été condamné le 14 mars 2014, à une peine de 25 ans de réclusion pour son rôle dans le génocide112, peine confirmée en appel deux ans plus tard.



On savait le total initial des réfugiés enregistrés, installés dans les camps. Mais comment évaluer le total de ceux qui y restaient maintenant?
La réponse est simple, puisque quand les réfugiés quittent le camp ils emmènent avec eux tout leur barda. Il suffit donc de compter les tentes restantes (en fait les bâches bleues du HCR).
Dès lors quoi de plus simple que de prendre des photos aériennes? Je vais soumettre ce projet au chef du Field Office, qui accepte et me remets un montant forfaitaire pour les frais (location d’avion, et photos; hébergement).
Justement on est vendredi après midi, le début du week-end hebdomadaire au Sofitel Bujumbura. Le chauffeur me conduit jusque lá-bas et me dépose á l’hôtel. C’est l’heure de l’apéro, et á la terrasse qui domine le lac, on retrouve toute la gentry de l’humanitaire. Relief of stress (récupération du stress): ambiance décontractée, tenues aérées, contacts faciles, jolies tutsi, la plupart déjá en couple, etc…
J’y retrouve mon copain Gilles, ancien journaliste, et lui fait part de mon projet. « Aucun problème, regarde la table á coté, ce sont les pilotes d’Aviation Sans Frontière. Allons les voir ».
« Bonjour messieurs, comment allez vous?
et j’explique en détail mon projet.
 » Pas de problème, on l’a déjá fait ailleurs. Avec le notre “Caravane » le monomoteur le plus gros du monde (sic): il suffit de démonter la porte avant, le photographe allongé sur le plancher et le buste á moitié dehors prendra les photos á l’aise et toi, allongé aussi, tu lui tiendra les pieds pour qu’il ne tombe pas dans le vide. On fera des portions de vol rectilignes, pour éviter la force centrifuge »
Voilá vraiment des gars sympas! En plus c’est gratuit! Et finalement je réalise que ce que j’aime avec le HCR, c’est qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer!
« Alors oú et quand? ».
« Si t’as le photographe, demain matin 8h, á l’aéroport »
« OK, je lui téléphone et je reviens vers vous ».
J’appelle illico le photoman dont on m’a donné le numéro, et nous discutons. Lui, pas de problème, il ne l’a jamais fait, mais il pense qu’il peut le faire!
Moi: « Yes you can! »
Reste le prix des photos. Je propose 1000 francbous l’unité.
« Impossible, le developpement couleur est très cher »
 » OK, 2000 francbous, ça va? »
 » OK, oui, j’arrive tout de suite »
 » OK, c’est pas la peine. Disons, demain matin 8h, á l’aéroport. OK? »
 » OK, á demain.
 » OK, bye.
Voilá une affaire rapidement menée. J’en ait attrapé le hoquet.
Et voilá, il ne me reste plus qu’a appliquer la philosophie 3B. Bouffer, Boire, et Baiser. Excellent programme.

Le lendemain matin, tout le monde est là.
La porte a été démontée.
Le pilote va poser son plan de vol, et nous nous couvrons car avec le vent dans la cabine, on va se les geler. On est pas à l’étroit, juste trois dans l’avion.
« BENZAÏ »
On décolle et on passe rapidement à l’horizontale à altitude réduite. On aperçoit les camps plus ou moins en file le long de la Ruzizi. Prendre les photos des 19 camps, les uns aprés les autres, s’est révélé long et fastidieux. Le pilote doit recaler fréquemment le Caravane pas très souple à manipuler. A un moment on voit décoller de la piste de Bujumbura un bi-moteur qui s’approche lentement de nous. Pourvu que ce ne soit pas l’armée de l’air tutsi qui vienne nous mitrailler. Nous n’avions prévenus personne de notre vol.
Bon, il s’éloigne et dégage. Juste un curieux?
Ça y est. C’est dans la boîte, 19 photos de camps. On peut aller atterrir.
Merci au pilote, je l’invite pour le repas de midi, mais le pilote mange avec ses potes.
Je félicite le photographe. Mais il me faudra attendre jusqu’à mardi pour récupérer les tirages. J’ai confiance, je le règle tout de suite.
Aprés ce sera à moi de jouer: compter toutes les bâches bleues dans chaque camp. Je vais m’acheter une loupe. Et ça me prendra deux jours, pendant lesquels je reste au Novotel, nourri, blanchi et surtout climatisé. Plus confortable qu’à Uvira !
Pas pressé de rentrer.

Finalement je reste donc au Sofitel jusqu’à jeudi. Quand je rentre au field office, on me demande pourquoi j’ai traîné si longtemps, mais lorsque je leur montre les photos et mon rapport avec le décompte des réfugiés dans chacun des camps, et aussi globalement, ils sont tous bluffés. Enfin des données concrètes !
50% des refugiés ont quitté les camps et sont venus saturer la ville!
Et on ne leur donne toujours rien à bouffer!

C’est alors que Kpognon, fonctionnaire international togolais entre en jeu.

KPOGNON
J’avais beaucoup d’estime pour Kpognon, depuis que je l’avais vu, entrer sans protection, la nuit, dans une foule furieuse qui attendait depuis le début de la journée quelque chose à manger. Je crois qu’il avait dans sa sacoche une forte somme à distribuer entre les familles, ce qui pourrait leur permettre le demain matin d’acheter de la nourriture dans la ville de Kamanolia.
Venu seul et sans chauffeur, il allait passer une bonne partie de la nuit à distribuer l’argent en enregistrant les bénéficiaires.
Puis il dormirai certainement au camp, car la nuit les routes sont dangereuses. Un monde interlope y circule, à pied, à cheval ou en voiture, et en général bien armé. Tout ceci était contraire au règlement, mais lui Kpognon, avait pensé, par compassion, qu’il lui fallait distribuer cet argent le plus tôt possible…Depuis le départ des réfugiés vers la ville, les distributions de nourriture étaient fortement perturbées.

Quelques jours plus tard, réalisant qu’un réfugié sur deux avait quitté son camp pour aller en ville, Kpognon sans en avoir informé quiconque , décide qu’il va ouvrir un nouveau camp. Ainsi, pourles réfugiés qui le suivraient tout de suite, la situation et l’alimentation redeviendraient normale. Cet exemple pourrait donc inciter les autres à retourner tous dans leurs camps.
Au petit matin, il embarque 300 réfugiés volontaires avec tout leur barda, dans 5 camions et en route vers un terrain à 20 km d’Uvira qu’il avait repéré comme convenable.
Nous étions un samedi, j’allais expédier les affaires courantes dans la matinée et je projetais ensuite de me rendre au Sofitel Bujumbura pour y passer le week-end.
En montant dans mon 4×4 à coté du chauffeur j’ouvre mon talkie- walki sur la fréquence commune du HCR, et je tombe sur un appel au secours de mon ami Kpognon. Il explique qu’il est seul, (avec 300 réfugiés à charge !) sur un terrain à 20 km d’Uvira et il demande à toutes les ONGs , de venir le rejoindre, tout de suite, afin de lui porter assistance. Il le répète: ils sont 300 sur le terrain, sans eau et sans nourriture. Il appelle à l’aide les ONG: MSF, MDM, Première Urgence, et toutes les autres.
Ça tombe plutôt mal, car tout le monde commence à débrayer pour le week-end.
Pour ma part je ne peux pas rester insensible à son appel. Je ne peux pas laisser 300 personnes dans la nature, sans eau pour boire! Comment faire?
D’abord j’appelle Gabriel et son chauffeur et leur demande de me rejoindre au field office.
Dix minutes plus tard nous tenons notre plan d’action.
Objectif: amener, le plus vite possible 1000 litres d’eau potable sur le terrain. Ça fera 3 litres/personne, ce qui permettra à Kpognon et ses 300 réfugiés déjà de tenir jusqu’au lendemain.
Gabriel est un hutu, que j’ai embauché deux semaines auparavant. Avant le conflit, il était l’adjoint d’un préfet au Rwanda, et responsable de l’hydraulique pour la préfecture.
Désirant rejoindre un camp au Zaïre, il avait passé la frontière avec un petit camion, chargé de trois bladder-tanks (réservoir d’eau souple en caoutchouc, contenance de 1000, 2000, et 3000 litres), et du matériel pour construire des latrines. C’est dire que voyant tout cela, je l’avais embauché sur le champ. Lui et son chauffeur.
Ici et maintenant nous chargeons à la main le bladder-tank, évidement vide. Il est doté d’un robinet de distribution d’eau.
Le plan, c’est d’aller le remplir en prélevant de l’eau potable d’un ou plusieurs réservoirs situés à l’entrée de chaque camp. Ces camps se situent le long de la route qu’a empruntée Kpognon et ses camions. Mon chauffeur me conduit, comme d’habitude.
OK, nous sommes persuadés que notre stratégie tient la route. Lets’go!
Au premier camp, personne à proximité du réservoir d’eau potable. Tant mieux, car on nous pourrait nous accuser de malveillance.
Nous remplissons à moitié le blader, et reprenons, sans coup férir, la route vers le camp suivant où nous finissons de remplir notre bladder-tank.
Quelques réfugiés ont protesté, mais je leur fait remarquer que c’est pour leurs frères hutus; (s’il reste encore des frères dans tout ce merdier ! ).
Ça passe, et nous voilà en route vers les 300 réfugiés. Vite fait, bien fait. Je peux prévenir Kpognon que nous arrivons avec 1000 litres d’eau potable. A notre arrivée il a un large sourire et lève le pouce.
Maintenant déchargeons le bladder qui pèse une tonne. A plusieurs nous arrivons à le ripper vers l’arrière et finalement il tombe de lui-même par terre.
Mission accomplie!
Gabriel et son chauffeur vont rester ici, pour la desserte de l’eau potable aux familles. Quant à moi, je discute un peu avec Kpognon, qui attend toujours ces ONGs. Puis mon chauffeur fait demi-tour et nous retournons vers Uvira, cependant 5 km avant , nous prenons à gauche, direction la frontière puis Bujumbura et le Sofitel.
Pas de nouvelles pendant le week-end.
Mais lundi matin j’apprends que l’opération Kpognon a échoué. Pourquoi? Les autorités hutus cantonnées à Bujumbura,
mécontentes de l’ouverture de ce nouveau camp, veulent le retour des 300 réfugiés en ville. Ils ont débarqué là bas en tirant des coups de feux pour faire les faire tous déguerpir. Tout le monde s’est enfui, et dispersé dans la nature. Gabriel et son chauffeur aussi. Mais il doit y retourner tout de suite pour récupérer son bladder-tank! Il le retrouvera vide. Notre périple aurra au moins servi à quelque chose.
Fin de l’histoire!

Mon contrat est terminé, il est temps de quitter le Zaïre. Je me sent faible, je crois que j’ai le paludisme. Et je crois bien que je n’ai pas les médocs. Bintou les a glissé dans la malle qu’elle a préparée et que nous avons expédiée direct à Niamey, Niger. Quand nous prenons l’avion à Bujumbura, je me sens déjà très faible.
Direction N’djamena, Niamey.

Une semaine plus tard, le véhicule de quatre ingénieurs hydrauliciens, en route vers les camps, était mitraillé à la sortie de Bujumbura. Tous ses occupants avaient trouvé la mort dans cet attentat.



LE CAPITAINE MBAYE DIAGNE, HEROS SENEGALAIS DU CONFLIT RWANDAIS;
Le capitaine Mbaye Diagne, décédé le 31 mai 1994, est un officier subalterne sénégalais. Il était observateur militaire de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda. Il a sauvé à lui seul plusieurs centaines de personnes du génocide au Rwanda au péril de sa propre vie.

Le 31 mai 1994, il rentre seul à l’état-major de la force quand un obus explose à côté de son véhicule. Il est tué immédiatement à 12 jours de son retour au Sénégal où il laisse sa femme et deux enfants.

Il aura droit à tous les honneurs posthumes, bien que peu de Sénégalais connaissent son histoire édifiante.

En 1994, il est observateur de l’ONU au Rwanda et va assister au génocide qui va causer près d’1 million de morts. Face aux horreurs qu’il voit au quotidien, il décide de son propre chef, d’aller à l’encontre des directives de l’ONU et de sauver autant de personnes qu’il peut. « Il s’en allait seul, puis revenait avec des dizaines de personnes qu’il avait arrachées à l’orgie sanguinaire des génocidaires » témoignera le général Roméo Dallaire (commandant en chef de la mission de la MINUAR). Il organisait ensuite leur évacuation vers le Kenya puis partait à nouveau en chercher d’autres. Il sauvera ainsi plus de 600 personnes, avec pour seules armes, ses convictions et la force de son verbe. Il se fera tuer lors d’une de ses « escapades humanitaires ».

Aujourd’hui, il est considéré comme « l’homme le plus courageux ayant servi l’organisation des Nations unies ». La médaille du courage de l’ONU porte son nom. Toutefois, cet homme est un parfait inconnu dans son pays et dans son continent. Et pourtant, quand on rapporte la grandeur de ces actes à la petitesse de ses moyens, quand on contextualise ses faits, on peut dire sans ambages qu’il est l’un des plus grands héros du xxe siècle.

Il a été profondément humain dans une période où la bestialité était la norme. Il a préféré la mort au déshonneur, il a fait preuve d’un courage extraordinaire quand le monde entier se complaisait dans un silence complice et un mutisme assassin. Une rose parmi les orties, voilà ce qu’il était. L’histoire du capitaine Mbaye Diagne doit être sue de tous, par devoir de mémoire mais aussi pour célébrer la seule cause qui devrait importer : la cause humaine.

Publié le 9 avril 2019| 1 de 3 commentaires:
« oui Diambar, tu n’es pas comme ces laches belges et français qui ont préféré fuir et laisser plus d’une centaine de personnes refugié dans une église se faire massacrer. Mais dans tout ça où était la communauté internationale (L’UNITE AFRICAINE) pour que plus de 500 000 personnes soient tuées en six mois.
QUE LE PARADIS SOIS TA DEMEURE ETERNELLE. DIADIEUF. »





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